Vol à voile, prête moi tes plûmes
Vol à voile, prête-moi tes plumes...
On ne dira jamais assez combien le vol à voile est une école qui forme des aristocrates au sens noble du mot.
Une école de talent, de dépassement de soi, d'intuition et d'intelligence, de science aérologique, de sérénité, de poésie et de contemplation. Car tenir des heures en l'air, sans le secours de l'énergie pétrolière une fois le câble largué, ne relève pas du miracle, mais bien de toutes ces qualités humaines combinées.
-
-
Ambiances planantes
-
La bucolique
-
Vous êtes sur un terrain dégagé, silence. Vous entendez vaguement une alouette chanter dans le lointain. Et puis soudain, un sifflement comme une plainte, des hurlevents estompés. Vous levez la tête en direction de ces sirènes. Et c'est un planeur qui épuise sa dernière énergie avant de rejoindre la branche du circuit d'approche, dite vent arrière.
-
-
Vous ne le quittez plus des yeux. Il vire majestueusement, car tout, dans le planeur, est majesté, j'allais dire
Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté
Courte étape de base, dernier virage, il est aligné. Deux taches rouges émergent de ses fines ailes: les aérofreins. Nez bas il file encore, rase le gazon et puis touche. Bruit de roue, blam blam blam...Il s'immobilise. Une aile s'incline doucement, pose délicatement son extrémité dans l'herbe tendre.
Quelqu'un ou quelque une a volé.
-
-
La compétitive
-
Parfois, c'est une tout autre histoire. Vous êtes sur un terrain plein comme un oeuf de caravanes, de tentes et de remorques. Un camp de gens du voyage ailé. Allemands, Suisses, Hollandais...
Vous voyez quelque chose de fin et blanc se pointer à l'horizon lointain. Pas de doute, c'est une grande plume. Et elle va vite. Elle se rapproche au ras du sol. Combien? Un bon 200 à l'heure? Probable. Les plumes sont incurvées vers le haut. Sifflement crescendo. Et puis le fuselage lâche un brouillard d'eau qui se disperse en voile vaporeux.
-
Crédit photo Daniel Saint Sanvain (D520) sur Tagazous où vous verrez cette splendide image en très grand
-
Le planeur amorce alors une vertigineuse et majestueuse remontée. Les ailes ploient un peu plus, la vitesse décroît. Virage en U, finale. Le fin du fin est que le planeur s'est posé non loin de la caravane où s'amusent quelques gamins. Certains sont déjà dans le bain...
Papa ou Maman sont de retour. Peut-être ont-ils battu un record de durée ou de distance ou de gain d'altitude. Ils sont fous ces parents...
-
-
L'énergie, tout est là !
-
Cliquez, ça booste !
-
Il y a quatre sortes d'énergie utiles au vélivole.
-
L'énergie potentielle
-
Une certaine masse à une certaine altitude. Plus on est haut, plus il y en a. Faites le calcul, ça descend tout seul. Mais comme les planeurs sont de plus en plus fins, ils rallongent le point où ils vont toucher terre et le plancher des vaches. Car c'est faire "une vache" que de se poser en campagne dans un champ quelconque, mais bien choisi pour éviter tout dommage.
-
Schleicher ASK 13
-
Certains planeurs frisent ou atteignent aujourd'hui une finesse de 60. Dingue!
L'ASK 13 des années 66/80, n'obtenait qu'une finesse 27, ce qui ne l'empêcha nullement d'effectuer de belles distances.
-
Crédit photo Aéro Club d'Evora (Portugal, Alentejo)
Là, ça monte encore un peu, c'est du zéro positif au variomètre.
-
L'énergie thermique
-
Rushmore II, Acrylique JCP sur papier 60 x 40.
Disponible. Conditions, voir ma Galerie Air
-
C'est la plus mystérieuse. Elle est contenue dans l'air et se visualise grâce aux nuages dont la forme, la position, l'imbrication est une mine de renseignements pour le vélivole.
Pour faire simple, sous un petit cumulus, il y a des chances que ça monte quelque part. Mais ce qui monte descend aussi. Et c'est là que se manifeste l'art d'utiliser les mouvements convectifs du chaudron de sorcière.
Y pas de'hélice, hélas, c'est là qu'est l'os,
disait fameusement Bourvil dans La Grande Vadrouille où il s'échappait en planeur avec l'encombrant De Funes, au nez et à la barbe de la Wehrmacht.
Les oiseaux sont très bons en vol à voile, tels les vautours, les aigles, les cigognes...(Voir note en fin d'article sur Michel Mouze).
-
Par temps "fumant", il y a de la joie dans l'air...
Montage JCP
-
L'énergie dynamique
-
C'est de l'énergie éolienne dirigée dans le sens qui intéresse le vélivole ou le goéland.
Pourquoi croyez-vous que les planeurs "astiquent" les pentes des montagnes aller-retour sans se lasser? C'est parce que le vent, rencontrant la pente, monte, monte et redégringole de l'autre côté, celui qui n'intéresse personne.
Ce vent peut être dû à la différence d'énergie qui existe entre la pente exposée au soleil et celle à l'ombre. Adret, ubac.
-
-
Il peut être dû tout simplement à son orientation générale. Un mistral rencontrant les Alpilles intéressera toujours les vélivoles, même si le fond de l'air est frais. Alors qu'un vent nul un plafond bas...
Le goéland joue au même jeu à l'aplomb des falaises. Qui n'a pas vu de goéland émerger soudain du vide, immobile mais montant, frétillant des rémiges, puis filant comme le vent au sommet pour revenir taquiner l'ascendance iodée qui fouette la craie, fait cheminée, puis meurt en caressant les bruyères.
On a le même spectacle à Challes-les Eaux, sous La Croix du Nivolet. Pas de goélands, mais des planeurs qui jouent au goéland.
-
L'énergie ondulatoire
-
-
Elle est voisine de la précédente, mais elle se manifeste par effet d'onde générée par le vent sur le relief. Elle peut être redoutable, au sens efficacité du mot.
J'en connais un qui s'y connaît. Il est jeune retraité. Il s'est acheté un planeur motorisé au lieu de faire construire une piscine qui est une source de tracas et un gouffre à budget.
Quand il voit de petits bérets blancs s'empiler sur la montagne, il fonce au terrain, sort son planeur à décollage autonome. En 200 m de course, il est en l'air. Et il grimpe, grimpe sous les bérets basques, les nuages d'ondes, dits lenticulaires du fait de leur forme de lentille.
Son planeur est un 18m d'envergure. Sa finesse est de 50. Dès que l'onde lui assure un vario bien positif, il coupe et rétracte le moteur qui se loge dans le dos. Ni vu ni connu. C'est un planeur. Il se place face au vent, ajuste sa vitesse propre à celle du courant. Silence, on vole! Vitesse sol quasi nulle. Il encaisse des + 5m/seconde et à ce train là, on est vite à 5000 m. Oxygène nécessaire. Mais qu'importe le masque pourvu qu'on ait l'ivresse!
Lisez au passage ce court article relatif au phénomène, observé sur "La Montagne de Reims", une montagnette de 250m. Beau record, mais rien à voir avec les vols d'onde sur la Cordillère des Andes où s'est illustré Steve Fossett avec ses moyens ahurissants. Mais ce n'est déjà plus du vol à voile, c'est du cosmonautisme.
-
Steve Fossett et Einar Enevoldson, 30 août 2006. 59 699 pieds (15 453 m) atteints à bord d'un DG 505 modifié: pressurisation et chauffage pour endurer les - 57°C à cette altitude.
-
Dis, JCP, peins-moi un planeur...
-
Un comme ça?...
-
Crédit photo Aéro Club de Gruyère
-
...ou un comme ça?
-
Crédit photo Aero Club de Gruyère, mais c'est un montage JCP
-
Ou bien un que personne n'aurait encore jamais vu?
Un comme en pratique et en a magnifiquement photographié Vincent Daudon?
C'est sur le forum TARMACS.
-
Crédit photo Vincent Daudon
-
Crédit photo Vincent Daudon
Ou enfin une échappée dans le monde merveilleux et secret des vélivoles à plumes et à toile...
-
Esquisse légère...composition en X
-
Notes:
A lire ou relire Vol à Voile et Vol-au-Vent: la recette. Un billet que j'avais écrit pour mater (du verbe ibérique matar) ma nostalgie du Pays basque et du vol à voile. Itxassou, pays des cerises et du vol à voile, pratiquement l'unique aérodrome du Pays basque à l'exception de Biarritz Parme.
A lire sans retenue l'extraordinaire reconversion d'un biologiste dans l'observation des oiseaux, en tant que vélivoles: Michel Mouze nous conte l'extraordinaire talent naturel du vautour fauve appliqué au vol à voile. Contact est pris: nous correspondons.
Un autre pro du vautour fauve, Alain-Marc, parapentiste. Voir son site enchanteur l'Aquarelliste en voyage.
-













