Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 10:00


VOL A VOILE

 

 

 "Heureux
 celui qui peut
d'une aile vigoureuse
s'élancer vers les
champs lumineux
  et sereins" 

Charles Baudelaire 





 

Bonjour et bienvenu !

 
 Pour découvrir le vol à voile, j'ai pensé qu'il serait intéressant de vous présenter une multitude de regards différents, sur cette activité. Comme une vue à travers  un kaleidoscope, vous allez découvir 
le vol à voile du côté de l'explication ludique,  de la mécanique, du technique du vol, ensuite ce sera le tour des récits des  pilotes, des sociologues, des poètes...    J' ai essayé de trouver des textes avec un certain sens d'humour,  ceux qui aiment le verbe vont se regaler...

 

 

 

 

on top from gregv on Vimeo.

  

 

Une remarque  concernant l'ordre chronologique de ce blog:
  Pour une suite des articles plus logique, je fais apparaître les articles les plus anciennes en premier. Donc l'ordre chronologique proposé sur la colonne à côté est inversé, les articles les plus récentes vont être les moins importants... Mais bon laissez vous guider par votre sens de curiosité. Place aux découvertes
:



Pour ceux qui aiment les championnats voici le blog frère link


 

  

 


Planeur Championnat link 


 



"Dès lors vous aurez goûté au vol
vous marcherez à jamais sur terre
les yeux rivés vers le ciel"     

Léonardo da Vinci


 

 concentration avant le vol...

 

 

 

 

 

 

  

Se laisser emporter...

 

 

Laissez vous emporter lors de ce film, dans une ambiance de vol en planeur faites d'élégance et de sensations indescriptibles...., 
Voici un des meilleures films sur le vol à voile:

 

 

 





Aérodrome Colmar Houssen  

 




La voltige


Le pendant du vol à voile est la voltige en planeur...
les pilotes décrivent des figures acrobatiques d'une grande finesse. Certains ont des idées très créatives, et la plus jolie vous la trouvez sur ce site de Manfred Radius, laissez vous emporter dans ce rêve nocturne....


 

link
http://www.radiusairshows.com/mpeg.mpg 





Voici Ferenc, le roi de la voltige hongroise,
 

Accrochez-vous, sensations garanties!


 

 

 

 

 

 

 

"Voler, c'est bien le plus vieux rêve des hommes"
 nous disent les mythes,
que nous disent les artistes?




 
George Brassens chante:
 

"A partir de ce jour je n´ai plus baissé les yeux

J´ai consacré mon temps à contempler les cieux /

A regarder passer les nues

A guetter les stratus, à lorgner les nimbus /

 A faire les yeux doux aux moindres cumulus"

 (L'orage)    
                                                     

http://www.youtube.com/watch?v=UnoE_Eax19w







Antoine de Saint-Exupery pense:

"Dans le ciel,
on est à l'abri de la vie,
de ses bassesses,
 de ses chagrins,
on se sent pur et hors d'atteinte".






Reinhard May chante:
link

"Au dessus des nuages, la liberté doit être sans frontières
tous les peurs, tous les soucis,
dit-on,
restent cachés dessous
et puis
quelque chose va avoir l'air important et gros,
devenir soudainement néant et petit"


"über den Wolken, 
muss die Freiheit wohl grenzenlos sein,
 alle Ängste, alle Sorgen,
sagt man,
liegen darunter verborgen.
und dann
würde was uns gross und wichtig erscheinen
plötzlich nichtig und klein".  Reinhard May

Par Juliette - Publié dans : A tire d'aile
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 10:11

La mécanique ludique



Comment aborder la mécanique d'une manière ludique? C'est simple, je vous propose en haut de l'article quelques notions, pour comprendre l'essentiel de la mécanique du vol à voile, du moins quelques principes. Plus loins vous verrrez des notions de plus en plus approfondi, qui permettent à ceux qui veulent apprendre plus, de se retrouver. Ceci dit, cet article est loin d'être exaustive, mais dans un esprit d'allier le ludique et le plaisir avec l'information, je me dis que celui qui souhaite aller encore plus loin trouvera les sites appropriés pour apprendre toujours plus... ici c'est la découverte!!!
 Bonne lecture et visualisation 



 trouvé sur le site de Tourraine planeur
http://www.glidezar.com



Le planeur vole d'une part parce que les ailes sont construit de manière aérodynamique.
D'autr
e part un  planeur peut rester en air parce qu'il trouve des ascendances dans le ciel.

 








Le planeur est tiré par un avion en air, c'est à dire il est remorqué et puis le pilote largue le cable pour essayer  de rester en air par ses propres moyens. Comment est-ce possible?









 Le principe est simple: le soleil chauffe le sol, les champs clairs permettent un échauffement plus rapide qu'au dessus des forêts. 


 






L'air qui se trouve au dessus des champs a tendance  à monter dans le ciel, comme l'eau lorsqu'elle commence à bouillir au dessus du feu.




vidéo
link



L'air monte, puis se refroidi  (1°C par 100m), mais cette air montante reste toujours plus chaude que la masse d'air dans l'ensemble.

Lorsque la bulle montante devient de plus en plus froide, l'humidité se condense en  gouttelettes d'eaux et il se forment des nuages,
les cumulus se forment dans le ciel.  Ils matérialisent les ascendances.

Au dessus des forêts il est plus rare que les  bulles d'airs montent, parce que la forêt ne s'échauffe pas si vite.

L'air est donc froid et lorsque nous traversons la campagne avec nos planeurs, nous traversons  des mouvements ascendants et des mouvements descendants, les "pompes", qui nous permettent de gagner de l'altitude et des "degueulantes", lorsque nous traversons des zones descendantes.


L'altitude gagné nous donne de l'autonomie, comme si les ascendances représentaient les stations d'essences et l'altitude gagné l'essence pour l'autonomie..

 A 1000m par exemple un planeur peut parcourir 40km en air  calme.

Pour pouvoir parcourir des distances, le planeur monte et descend selon qu'il rencontre les masses d'aires et selon sa décision de s'arrêter à une station d'essence, c'est à dire dans une ascendance sous un cumulus, pour spiraler et de regagner de l'altitude, cad l'autonomie.

Le principe

Si nous décidons d'aller de Colmar à Strasbourg, il nous faut au moins une à deux fois prendre des ascendances pour pouvoir joindre le but. Un planeur a une trajectoire descendante, par principe, il est lourd et l'aérodynamique  ne peut pas tout compenser. Le problème de l'aérodynamique va être abordé plus tard.

Le vol dans les pompes
 Il faut donc, pour pouvoir se déplacer, remonter dans une pompe. Comment cela se fait? C'est simple, on met le planeur en spirale dans une ascendance et le planeur  monte  comme dans  un ascenseur, qui n'est pas tant l'ascenseur que ça: ça bouge,  comme vous avez pu voir dans les vidéos!!!!  Les aspects techniques sur le comment on peut changer la trajectoire va être expliqué plus tard dans l'article.


link  Explication pour comprendre la formation de nuage

                      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      LES PLANEURS  

 

 

 

 Les planeurs modernes sont des engins sportifs les plus aérodynamiques du monde, issus des progrès technologiques et scientifiques les plus développés.

 

Biplaces ou monoplaces, ils sont entièrement profilés en matière plastique, fibre de verre ou de carbone et résine époxy. Le très haut degré de finition des surfaces, dont dépendent leurs performances en vol, fait l'objet d'un entretien méticuleux.

 

 



On distingue trois parties essentielles:

 

a) la voilure: de 15 à 30 mètres d'envergure, elle est constituée de deux ailes (des "plumes" en langage courant) qui portent le planeur.






















b) le fuselage: partie centrale cylindro-conique de 6 à 8 mètres de longueur recevant à l'avant la cabine de pilotage et le train d'atterrissage.

 

 

 












c) les empennages: vertical et horizontal ils portent les gouvernes de direction et de profondeur.

 

Le poids à vide varie de 250 kgs (monoplace) à 450 kgs (biplace).

 






 

 

 

 

 

 

 


Un calculateur de vol





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autrement dit: 


LA PRATIQUE DU VOL A VOILE




Faire du vol à voile consiste principalement à passer dans des masses d'air dont les vitesses d'ascension sont plus élevées que la vitesse de chute propre du planeur et gagner ici de l'énergie potentielle (sans perdre d'énergie cinétique).




Les masses d'air ascendantes, ou "ascendances" étant généralement très localisées, les pilotes doivent décrire des cercles à l'intérieur pour les exploiter au maximum.

Le terme souvent employé est "spiraler", bien qu'en toute rigueur la trajectoire décrite par le planeur dans une ascendance soit hélicoïdale. Les pilotes parlent souvent de "faire le plein", l'objectif étant d'atteindre la plus haute altitude possible pour une ascendance donnée.


L'image illustre aussi le fait que l'énergie potentielle du planeur —ou son

altitude, ce qui revient au même— peut être considérée comme son carburant.

Un pilote débutant "fait le plein" tous les 7 à 8 km, si les conditions le permettent. Un pilote confirmé, qui exploite mieux les performances du planeur, peut espacer les reprises d'altitude jusqu'à 25 à 50 km.
 Il se contente, lorsqu'il traverse une ascendance mais estime avoir encore assez d'énergie pour poursuivre sa route, de réduire sa vitesse pour profiter au mieux de l'ascendance, sans pour autant s'arrêter et décrire des cercles sur place.



Les masses d'air ascendantes les plus connues sont :

 

  • Thermiques
    courants ascendant
    ou thermiques qui sont le résultat des différences de température de l'air ;

     









    Le vol à voile, c'est la recherche sportive des masses d'air ascendantes. Le sport consiste à prendre et à reprendre de l'altitude par ses propres moyens dans le but d'accomplir des circuits. Ces prises d'altitude se font à l'aide des masses d'air ascendantes qui sont de trois sortes. Les ascendances thermiques : les masses d'air chauffées par conduction près du sol s'élèvent dans l'air plus froid et forment des colonnes dont le sommet est quelquefois matérialisé par un nuage appelé cumulus que les pilotes utilisent pour les repérer. 



  • La pente









    Gliders on the ridge (Grand Prix Chile 2010)



    les ascendances dues à l'effet de pente lorsque le vent frappe les contreforts d'un relief le forçant à passer par-dessus, le gain d'altitude dépasse rarement 700 m au-dessus du sommet des reliefs ; ces ascendances sont appelées ascendances dynamiques

 

 

 

 





  •   









    L' ONDE











    les ascendances du vol d'onde dépendant des reliefs et de la météo et qui permettent des gains d'altitude très importants autorisant ainsi les records d'altitude à plus de 13 000 m ;


    L'exploitation des effets du vent sur le relief —effet de pente, onde ou gradient de vent— est désignée sous le terme générique de vol orographique.















     Voler en onde veut dire qu'il y a deux parties du vol. Dans les basses couches, il y a des  turbulence très fortes, due aux frottements du vent au relief, mais dans les couches d'airs hautes, on peut rencontrer un "calme plat", une masse d'air totalement stable, qui permet de monter à côté des nuages, de les surmonter et de voir si loin, aussi loin qu'on peut. D'ailleurs bon nombre de films que vous pouvez visionner ici montrent les planeurs au dessus des nuages.



    Ces sensations sont unique, puisque nous pouvons observer dans les nuages le jeux des lumières, tout en se sentant porter toujours plus haut. Le seul ennuie est l'oxygen qui vient à manquer, notre corps nous le rappelle sans cesse, et la circulation aérienne,  puisqu'on vole haut, il  y a aussi d'autres utilisateurs de l'espace aériens: les avions de ligne. Là on rentre dans le domaine de la reglementation qu'on va aborder plus tard....
     (ce n'est pas une partie de plaisir....  ;-(  )



    Aéromécavol:


    Mais plus précisement: Comment vole un planeur ?


    Le planeur est plus lourd que l'air. Pour qu'il vole, il faut
      faire apparaître une force qui s'oppose à son propre     poids. Cette force est une résultante de la résistance de l'air qui se développe sur les surfaces portantes lorsque le planeur adopte une trajectoire descendante appropriée


Imaginez une bille posée sur une planche. Inclinez la planche et la bille, par son poids, roule. Pour un planeur, le principe est le même; il lui faut un certain angle à piquer. Par définition, il descend constamment (de l'ordre de 0,45 à 0,9 mètre par seconde).

 

Le principe du vol plané se caractérise par une trajectoire descendante par rapport à l'air environnant. Lorsque la masse d'air est stable ou descendante, le planeur descend par rapport au sol. Le planeur est en descente permanente. Ainsi, la résultante aérodynamique (trainée + portance) équilibre le poids du planeur. 

Les contraintes qui s'exercent occasionnent ce que l'on appelle la "force aérodynamique" qui entraîne l'aile vers le haut.

Examinons les quelques croquis suivants

www.futura-sciences.com/.../
617/rapace_024a.jpg






Voici une animation trouvé sur un site de parapente
http://www.experience-parapente.com/cadre.php?contenu=http://www.experience-parapente.com/recits/recit.php?id=1






C'est donc le  profil de l'aile qui entre en action et sa forme est très importante.


Profil d'une aile d'avion ou d'oiseau !


Il provoque dans l'air une dépression dessus et une surpression dessous.




 

  c'est quoi une dépression et une surpression?



... C'est pas compliqué! l'air, en contournant le profil va se séparer en deux zones, dessous et dessus. Cela n'aurait pas d'effet si la direction de l'air était dans l'axe du profil.

 

Mais comme l'air contourne le profil en venant légèrement du bas c-a-d avec une certaine incidence, les particules d'air passant au dessus vont devoir accélérer pour rejoindre les particules d'air passant dessous qui, elles, ralentiront!

  • Les particules d'air dessus accélèrent, se dilatent et provoquent une
    diminution de la pression ou "
    DEpression".
  • inversement, les particules d'air dessous ralentissent, se compriment et provoquent une augmentation de la pression ou "SURpression".

La dépression "aspire" l'aile vers le haut
La surpression "pousse" l'aile vers le haut!
Environ 2/3 de dépression pour 1/3 de surpression, c'est donc les particules d'air qui passent au dessus qui, en grande partie, portent la voile!

Ce sont ces deux réactions aérodynamiques qui constituent la portance, autrement dit, la portance est un facteur important pour qu'une voile puisse planer!

Mais ça n'est pas tout, la portance représente une force. A celle-ci s'additionne une autre force : la traînée orientée dans le sens de l'air et opposée à la trajectoire.

La somme vectorielle de la portance et de la traînée nous donne la Résultante des Forces Aérodynamiques que l'on applique à un point (le Centre de Poussée) sur le profil.

 

Donc :

Portance (P) + Traînée (T) = Résultante des Forces Aérodynamiques (RFA)

Cela ne permet pas à la voile de monter mais de descendre le moins vite possible. C'est ce qu'on appelle la finesse.

La finesse est le rapport de la distance horizontale parcourue sur l'altitude perdue.

 

 

 

Autrement dit:


Le profil de l'aile a une forme particulière: l'avant est nommé "le bord d'attaque" et l'arrière le "bord de fuite". Passer d'un bout à l'autre en ligne droite, c'est ce que fait globalement le flux qui circule sous l'aile. Mais impossible de faire un trajet aussi direct par le dessus de l'aile: L'air doit contourner l'extrados… et un détour c'est plus long ! D'autant qu'il faudra absolument essayer de rattraper le retard, lequel crée donc une différence de vitesse entre les deux flux.



Cette différence d'itinéraire et de temps bouscule les flux d'air. Celui d'en haut tente donc de combler naturellement le retard se créant par rapport à celui du dessous pour arriver en même temps au bord de fuite. Le résultat est une accélération du flux supérieur dès qu'il est engagé dans ce processus "d'inégalité".
Et, point essentiel, cette accélération fonctionne comme aspirateur pour le nouveau flux d'air qui arrive au bord d'attaque sur l'extrados. Ce perpétuel jeu "anti-vide" produit la "force aérodynamique". L'aile est bien contrainte à aller vers le haut, et, qui plus est, légèrement vers l'avant.


Voici les forces en présence :
























 

 

 

 

 

 

 

Forces exercées sur l'aile





 

Forces provoquant une poussée

  • En atteignant l'intrados, l'air se bouscule, se presse sous l'aile, et il en résulte une compression bien au-delà du profil.
  • En atteignant l'extrados, l'air ne peut continuer son chemin tout droit car sinon il y aurait le vide derrière l'aile.







Comme nous l'avons déjà dit, les filets viennent donc se coller au profil, et cette courbe a un effet de succion sur l'aile par la dépression qu'elle engendre. Passé le profil, la dépression continue puisqu'il faut que les filets s'écoulent en réagissant à l'effet de compression de l'intrados. Les deux effets s'additionnent (pression sous l'aile et succion sur l'aile), mais l'effet "aspirateur" de la dépression est bien plus puissant.


















C'est donc essentiellement de sa convexité qu'une aile tire ses performances.
Tout cela fonctionne très bien tant que les filets d'air restent "collés" sur l'aile, au plus près de l'avant. Mais une basse vitesse ou une mauvaise orientation de l'aile provoquent des décollements, puis des tourbillons néfastes.


En aviation, on appelle cela "décrocher": les filets de l'extrados se décollent et l'aile n'est plus aspirée… c'est la descente.



Ascendants et vol plané


Pour les oiseaux il y a une différence:

Plus une aile est large, plus elle génère de gros tourbillons. Et il s'en produit de tout les cotés de l'aile.
Certains, ceux générés par l'arrière, sont turbulents dans le mauvais sens et risquent de freiner l'oiseau. Pour contrer le phénomène, les grands planeurs qui étalent de larges ailes ont un bord de fuite où les plumes s'écartent. Le bord paraît ainsi dentelé. Cela n'annule pas le phénomène, mais transforme les grands tourbillons en petits.




Digitation des rémiges et petits tourbillons

Les grands oiseaux planeurs ont des rémiges digitées. Au bout de chacune un tourbillon spiralé se forme et revient vers l'aile en formant un rond. La succession de ces ronds forme un tunnel qui se rétrécit vers l'arrière et dans lequel l'air s'engouffre en étant accéléré. L'oiseau en retire un effet propulseur avec une consommation d'énergie nulle.






La pratique:


Revenons à la pratique, comment tourne un planeur, comment s'effecture un CHANGEMENT DE TRAJECTOIRE
???




Pour réaliser une mise en virage, on commence par "incliner" le planeur grâce aux ailerons. L’aileron de l’aile intérieure au virage se lève, diminuant la portance de cette aile, tandis que l’aileron de l’aile extérieure se baisse, augmentant le creux du profil et sa pôrtance. La résultante aérodynamique s’incline alors vers l’intérieur du virage et sa somme avec le poids constituer ce qu’on appelle une force centripète (dirigée vers l’intérieur du virage) qui provoque un changement de trajectoire du planeur dans le plan horizontal. Une fois l’inclinaison désirée obtenue, on relâche les ailerons.


Cette mise en virage provoque :

  Une force centrifuge due à l’inertie 
  Du lacet inverse 
  Du roulis induit

LE MOUVEMENT DE TANGAGE

 Axe de tangage Tangage provoqué par les gouvernes de profondeur à la queue de l'appareil


Axe de tangage
Le tangage résulte du mouvement de rotation autour de l’axe transversal d’un aérodyne. Il est provoqué par une poussée ou une traction sur le manche.






La force centrifuge

Le planeur en virage est soumis à une force supplémentaire due à l’inertie ; c’est une force centrifuge (dirigée vers l’extérieur du virage) et que l’on compose avec le poids propre pour former le poids apparent plus grand que le poids propre et que doit équilibrer la résultante aérodynamique. Pour équilibrer cette force il faut augmenter la résultante aérodynamique et augmentant l’angle d’incidence en tirant sur le manche pour diminuer l’angle de plané.







LE MOUVEMENT DE LACET
Axe de lacetLacet





Le lacet est le mouvement de rotation horizontal d’un aérodyne autour d’un axe vertical, ce mouvement est commandé par l’action sur les palonniers.


Lacet inverse :
Il apparait dès la mise en virage provoquée par l’inclinaison, le phénomène de lacet inverse se produit, l’aileron baissé (aile extérieure au virage) provoque plus de traînée que l’aileron levé (aile intérieure au virage), le planeur a tendance à pivoter vers l’extérieur du virage. On doit rétablir le planeur en vol "symétrique" par l’action sur la dérive par l’intermédiaire des palonniers dans le sens du virage. Cette action est appelée la conjugaison.

 


Axe de lacet
 
 
Le lacet est le mouvement de rotation horizontal d’un aérodyne autour d’un axe vertical, ce mouvement est commandé par l’action sur les palonniers.












LE MOUVEMENT DE ROULIS





Le roulis induit : pendant le virage, l’aile extérieure a une vitesse par rapport à l’air plus importante que l’aile intérieure ; elle est ainsi soumise à une portance supérieure à celle de l’aile intérieure, ce qui a pour effet d’augmenter l’inclinaison ; pour contrer cet effet, il faut agir sur les ailerons dans le sens contraire au virage. Pendant le virage, après l’inclinaison acquise grâce aux ailerons, on doit corriger simultanément les effets de l’inertie, du lacet inverse et du roulis induit pour garantir un virage symétrique à vitesse constante.

 
Axe de roulis
Axe longitudinal autour duquel un appareil tourne. La vitesse de cette rotation est aussi appelée taux de roulis. Ce mouvement est provoqué par une action latérale sur le manche.


 

Roulis induit

Expression complète : roulis induit par le lacet.
En aviation, c'est le mouvement de rotation autour de l'axe de
roulis (inclinaison latérale) obtenu par une rotation sur l'axe de lacet.

Cette rotation en lacet peut être obtenue :

  • involontairement, à cause du lacet inverse en virage. Le roulis induit par ce lacet est en sens contraire du roulis désiré, ce qui impose de contrer le lacet inverse en agissant sur la gouverne de direction,
  • volontairement, en agissant sur la gouverne de direction pour aider à la mise en virage. C'est aussi le seul moyen d'incliner l'avion quand il ne possède pas d'ailerons (planeurs radio-commandés "deux axes", avions de type "Pou du ciel").

Le roulis induit par le lacet dépend de l'effet dièdre de l'avion. Le roulis hollandais est une conséquence du roulis induit.

Il n'est pas recherché sur un avion de voltige, où l'on souhaite que chaque gouverne n'agisse que sur une seul axe.



Sous l'aile (l'intrados), l'air circule sans contrainte; le flux est constant, régulier. Il n'est légèrement dévié qu'à la fin. Au dessus de l'aile (l'extrados), le flux est dévié dès le début, obligé de contourner le profil.




Si le vol à voile vous tente après tous ces explications,   vous pouvez joindre le club du CICVVA Colmar les week-ends, pour voir le site officiel du club regardez dans la colonne des liens, mais voici le numéro de téléphone du club:

03.89.41.95.03

 

pour trouver le chemin, cliquez sur

 Aérodrome Colmar Houssen


Par Juliette - Publié dans : mécanique - Communauté : aéromodélisme
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 10:14

La recette qui suit est tirée du blog "Sur le Zinc", le blog de Jean-Claude Petit, artiste peintre aéronautique et auteur
 
Merci Jean-Claude....

Vol à Voile & Vol-au-Vent: La Recette

-

Le vol-au-vent est surtout un met estival du dimanche, savoureux, léger, peu onéreux, mais assez long à préparer. Il exige une bonne maîtrise des éléments et de la patience. Vous ne le réussirez qu'à l'issue d'un bon entraînement avec un chef chevronné, issu du moule de Challes-les-Eaux, de la Montagne Noire ou de Saint Auban.

-

la_planante_opt
Briefing en cuisine. Notez l'importance de la gestuelle.

-

Choisissez un jour et une heure propices aux ascendances. Il suffit pour cela d’observer les grands oiseaux tels que vautours, aigles, cigognes dont c’est le métier d’exploiter l’ébullition de l’air à peu de frais.

Celle-ci se manifeste surtout dans la seconde partie du jour, lorsque se forment les "cumuli" qui sont des petits paquets d'oeufs à la neige très décoratifs.

-

rhune_opt

-

Prenez un plateau de verdure bien dégagé, généreusement parsemé de fines herbes, orienté dans le sens du vent dominant et sur lequel vous aurez disposé :

- Un ou plusieurs Twin Astir de chez Grob, de finesse 38

- Un bon vieux Rallye MS-893 E remorqueur et son cocher

-

drives_opt

-

- Un câble muni d’anneaux à chaque bout

- Un pilote (ou deux) à Ray Bans muni(s) d’un parachute fessier et vêtu(s) d’un short, d’un T-shirt, de savates et coiffé(s) d’un bob.

-

1_h_crochet_opt

-

Des aides vélivoles bénévoles pour...

1- Accrocher le câble de traction aux crochets ad hoc

2- Maintenir l’aile horizontale lors du départ jusqu’à prise d’efficacité des ailerons

3- Ramasser le câble après largage

4- Attendre

-

boun_opt

- A paciência é uma virtude, rapaz...


- Pois sim, minha Senhora, mas so para os que têm tempo!

-

Préparation du vol au vent

-

- Après mise en route, le remorqueur effectuera quelques pas au ralenti afin de bien tendre le câble de remorquage
- Le Rallye peut alors mettre toute la sauce face au vent
- Dès que le Twin Astir aura décollé, le maintenir en vol bien axé et bien horizontal, hors du champ de farine non tamisée et si possible hors de la turbulence engendrée par le batteur à pleine gomme
- Le Rallye ayant décollé à son tour, le suivre tranquillement à bonne hauteur
- L’altitude étant jugée à point, tirer sur la poignée de largage du câble et vérifier que ce dernier s’est bien désolidarisé du Twin

- Le Rallye peut alors plonger vers le plateau à l'issue d'une figure élémentaire de voltige non répertoriée qu'on nomme "break". Elle consiste, moteur tout réduit, à basculer l'avion sur la tranche et même au-delà.

A l'issue de sa plongée, il effectuera un passage bas afin de larguer sa ficelle serpentine.

-

serpent_opt
L'oeil exercé peut discerner la ficelle à l'instant de son largage.
Un vrai serpent à sonnettes.

-

- Attention la tête!

-

Ce passage bas, généralement à grande vitesse, sera suivi d’une ressource et d’une oreille au cours de laquelle l’énergie se dégradera : sortir un cran de volets au sommet de l’oreille, puis deux crans en courte finale et se poser dans un mouchoir.

-

- Recommencer l’opération avec le planeur suivant

-

passage_opt
Au suivant

-

Optimisation du vol-au-vent

-

Le Twin Astir va alors laisser libre cours à son intuition et tenter de gagner de l’altitude en enroulant les ascendances appelées en cuisine « l’ascenseur à couillons ». Il se fiera à la position des « collègues » et surtout au « couineur », sorte de bouchon de cocotte minute qui émet un son aigu quand ça monte et grave quand ça descend.

-

1_h_opt
Auxiliaire de cuisine au sol, scrutant les mouvements convectifs de la marmite

-

Il pourra ainsi mijoter des heures à couvert, jouissant en silence des saveurs de l’air, s’imbibant à courts mouillements d’eau minérale et sans aucune autre dépense d’énergie que celle d'envoyer le pied dans le bon sens pour maintenir la bille au centre, c'est-à-dire la ficelle bien droite.

-

boeuf_la_opt
Photo Aéro Club d'Evora, Alentejo
"Vigia o tuo fio, Filho"

-

Ce mode économique non polluant est si vrai que les instruments vitaux sont réduits à leur plus simple expression: comme pour le "Boeuf à la Ficelle", on emploie un fil de laine pour visualiser l'écoulement du fluide.

Un certain Michel Leveillard, fameux pilote de ligne, a même réintroduit l'usage de la ficelle sur Boeing 737, afin de gérer le vol symétrique "aux petits oignons" et ainsi, économiser force carburant. Etonnant, non?

-

le_bob_opt
Photo Aéro Club d'Evora, Alentejo

-

Feliz quem como Ulisses fez tão bela viagem

Ou como o que buscou e conquistou o Tosão,

E prenhe regressou, de ciência e de razão,

A viver entre os seus o mais desta passagem...

-

Heureux qui comme Ulysse etc...

-

Quand les crampes se feront sentir, qu’il fera soif ou que l’ascenseur sera en panne, il reviendra sur le plateau pour une impeccable et majestueuse prise de terrain en « U ».

-

aterro_opt
Observez la sortie judicieuse des aéro-freins jusqu'à réduction complète

-

Dégustation:

-

Le Vol-au-Vent ainsi préparé se déguste aussi bien en vol qu'au sol. Mais il est surtout recommandé de le savourer dans les airs, à chaud, en spiralant, bercé par le doux bruissement du fluide aérien relatif sur la couche limite, couche d'ailleurs réduite à peu de frottement, du fait de l'état de surface lisse et propre. On aura au préalable éliminé notamment les moustiques éventuellement collés sur les bords d'attaque. A l'éponge et à l'eau claire. Proscrire l'éponge abrasive.

-

fort_opt
Bien débarrasser les surfaces des moucherons, papillons et moustiques qui perturberaient l'écoulement

-

La dégustation dans ce cas est purement égoïste, hédoniste et solitaire. Ce n'est que de retour au sol que le plaisir peut se partager en confrérie, à la popote quand il y en a une. Elle prend alors un tour épicurien et collectif dans une apparence de secte où tous les acteurs, en communion, parlent le même langage, emploient les mêmes mots (ex: "pompe", "badin", "vario") et font les mêmes gestes du plat de la main.

Cet esprit de famille engendre d'ailleurs parfois des quiproquos entre adeptes pratiquants et adeptes rangés des vélos, sur le front desquels il n'est pas écrit "planeur".

-

dgage_opt

- Qu'est-ce qu'y fout ici, çui-là?


- Allez, on dégage s.v.p. !

-

EPILOGUE

-

La recette du Vol-au-Vent est une des recettes de l'amour fou. Elle est à conseiller à tous ceux qui s'ennuient dans la vie et passent leur temps à zapper dans l'inconsistance et l'incuriosité qu'engendrent les programmes télévisés.

-

3_h_opt
Trois hommes sur un plateau. Inutile de leur demander s'ils ont apprécié le Vol-au-Vent. Car vous l'aviez compris, Vol au Vent et Vol à Voile, mêmes initiales: V.A.V.

-

convivialit_opt
Vol-au-Vent à Itxassou Airport au temps des cerises

-

Boissons conseillées:

-

Château Lapompe, Cristaline, Volvic
cristaline_opt

-

Suggestion de dessert:

-

Les fameuses cerises d'Itxassou, puisqu'on y est (Peloa, Xapata ou Beltza).

-

cerisiers_opt
Cerisiers en fleurs d'Itxassou ou "l'Art de greffer un planeur sur le cerisier du curé"

 

-




Par Juliette - Publié dans : découverte vol à voile - Communauté : Les plus belles chose du Monde
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 10:18

linkPRENDRE DE LA HAUTEUR :

LA VIE D’AERO-CLUB

par Mireille Morgan-Smith

 

http://nicus.club.fr/Besancon.htm

 

 

Suprême forme de vagabondage et d’intimité avec la ville, la promenade aérienne fait entrer l’observateur dans la troisième dimension de l’espace urbain, aiguisant son regard comme celui de l’aigle.
Cette connaissance de leur cité, les aviateurs de l’Aéro-club du Doubs peuvent se l’offrir chaque fois qu’ils décollent de leur aérodrome.
Nous tenterons dans cette ethnographie de rendre compte de leur façon de penser et de symboliser leur activité, de décrire leur imaginaire, leur naïveté parfois, en somme d’expliciter tout ce qui en fait une " tribu " moderne, unie par cette activité spécifique.

Dans l’aéroport international, l’aéronef est devenu un objet utilitaire, en contact superficiel et momentané avec ses usagers ; les pilotes eux-mêmes conduisent ces gros engins sans s’y investir affectivement.
C’est tout le contraire de l’Aéro-club où l’on " dorlote " les avions, où l’on pilote en symbiose avec l’appareil, où les aviateurs cultivent entre eux des liens par l’intermédiaire de cette passion commune.


C’est une société presque exclusivement masculine, où tous les âges sont représentés mais concentrés sur la classe d’âge des 45-54 ans, l’âge mûr où l’on possède la pleine puissance de ses moyens économiques et sociaux. L’aéronautique est en effet un loisir coûteux (l’heure de vol coûte environ 500 F), ce qui rend logique la forte proportion de professions à haut niveau de revenus : près de la moitié des membres appartient à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures.

Pourtant cette société ne se crispe pas sur son identité masculine, ni sur la richesse financière de ses membres.
 Les femmes sont peu nombreuses parmi les pilotes, comme dans d’autres sports d’origine militaire et utilisant une technologie poussée, mais elles s’investissent intensément : l’une fait partie du conseil d’administration, une autre est pilote de chasse, une autre championne de France de voltige aérienne (Marianne Shaw ). Le Club comprend des catégories relativement moins argentées comme celle des étudiants (un quart des membres ; ceux-ci ont tendance à plutôt pratiquer le vol à voile), des retraités et d’autres (professions intermédiaires, commerçants et artisans, techniciens). Les membres se défendent de vouloir réunir une élite fortunée fermée à tout contact social autre que l’entre-soi des privilégiés.

 


Peut-être vient-on au Club non pour jouer de ses galons civils mais au contraire pour s’en dévêtir, ne serait-ce que momentanément, et en porter d’autres, ceux du pilote expérimenté, de son héroïsme... ou tout simplement pour retrouver un esprit de jeu. " Les pilotes sont de grands enfants, des gamins qui jouent avec de gros jouets sans peser lourd dans l’économie ", disent-ils.


Le Club est géré avec un grand sérieux institutionnel par ses membres : l’on reconnaît l’influence des nombreux cadres d’entreprise qui reproduisent là le schéma de gestion de leur propre société, le transposant dans cette association de loisirs. Il y a un bureau directeur, un conseil d’administration, dont les membres ont le titre de président, vice-président (on les nomme souvent ainsi, mi sérieusement, mi par plaisanterie) ; on parle de " chiffre d’affaires ", qui, en étant pour le Club de 1,7 million de F en 1996, exige qu’on le gère avec rigueur, avec un minimum de rationalité du moins. Des membres ayant du temps et de l’ancienneté dans l’Aéro-club sont " bénévoles " pour la gestion de l’association (seuls le chef pilote et le mécanicien sont salariés).

Pourtant, la forme associative demeure avec son nécessaire désordre. Expert en gestion, l’un des membres ne se privait pas de dire que l’Aéro-club était " une démocratie poussée à son paroxysme " avec " sur 150 avis, 149 contestations ", une situation tout simplement " ingérable " malgré l’important " parc machine ". " Tout le monde veut être président sans l’être " (pourtant cette année, pour la première fois, il y a moins de candidatures qu’il n’y a de postes à pourvoir dans le conseil d’administration). " Mais il y a de bons côtés, pas autant de rigueur et de difficultés dans les relations. On s’entend au moins sur les avions. " Mélange subtilement dosé, la forme associative et le cadre de l’entreprise donnent un reflet particulier au groupe.

En plus d’une petite cotisation annuelle, chaque membre crédite son compte personnel qui lui permet autant d’heures de vol qu’il le désire. Une " honnête moyenne " se situerait à 20 000 F par an (pour l’un des membres, gérant de société), mais ce budget est très variable suivant les individus. Si l’on tient compte aussi de l’achat d’avions auquel on peut prendre part, cette activité peut se révéler très chère .


L’espace de l’aérodrome

Ce terrain d’aviation a été installé dans la plaine de Thise sur une vaste étendue d’herbe plane, encadrée au nord par le chemin de fer, et au sud séparée du Doubs par une digue sur laquelle passe la route nationale vers Belfort. Cette digue n’empêche pas la rivière de déborder certains hivers et de transformer le terrain en lac où voguent les planches à voile, ou en patinoire si le froid est assez vif. C’est d’ailleurs parce qu’il est inondable que ce terrain a été épargné des promoteurs immobiliers. Cet inconvénient n’a pas l’air de gêner les pilotes qui de toute manière ne volent pas par mauvais temps et profitent de l’hiver pour faire les réparations nécessaires. L’aérodrome reste un espace ludique utilisable en toute saison.

Il est réduit à sa plus simple expression, ce qui contraste fortement avec ce que l’on connaît des grands aéroports. Trois bâtiments suffisent à son fonctionnement : un " club house " et un bar constituent l’espace de rencontre; quant au pôle technique, il est formé par les hangars devant lesquels s’ouvrent les pistes. Les tout premiers aérodromes des années 1910-20 étaient aménagés sur le même schéma. Cette simplicité des lieux correspond à la simplicité de la pratique toute tournée vers le plaisir de la promenade aérienne, loin de l’angoisse de l’univers anonyme des aérogares modernes.


Le premier bâtiment que l’on remarque en arrivant, le " club house ", est une petite maison construite à côté du bar. Fraîchement rénovée, elle sert aux besoins administratifs du Club. Elle comporte dans un angle la tour de contrôle, matérialisée par sa baie vitrée et la radio utilisée lors des meetings aériens. Avant qu’il n’existe, le " club " se trouvait dans le bar, invitant chacun à boire un coup avant de voler, cimentant les relations entre les membres et entretenant la convivialité du Club; le fait qu’il en soit séparé maintenant lui donne moins de chaleur. Une carte d’aviation est affichée au mur, à côté du registre de vol et des clefs des avions; il y a aussi un tableau d’annonces, et dans un cadre suspendu à l’entrée le " Serment d’Icare " ... Les modélistes et les vélivoles possèdent leurs propres locaux, bricolés à l’intérieur des hangars, et qui servent à la fois d’espaces de rangement, de salle de réunion, de bureau, d’atelier pour la fabrication et la réparation des aéronefs.


Quand quelqu’un arrive à l’Aéro-club, il commence par serrer la main à tous ceux qui sont présents, hommes et femmes. Il regarde le temps, la manche à air, et décide s’il va voler ou non.

Si les conditions météorologiques ne sont pas suffisamment idéales, s’il y a trop de vent ou s’il pleut, il va boire un coup à la buvette, au " T6 " (du nom d’un ancien type d’avion militaire américain). Ceux qui travaillent à proximité de l’Aéro-club viennent souvent y déjeuner, face au grand planisphère qui couvre tout un mur et fait rêver de longs trajets jusqu’en Amérique du Sud. En hiver on installe la table devant la cheminée où brûle un bon feu et on déguste avec les copains une cuisine simple et familiale préparée par la tenancière. Derrière la baie vitrée une terrasse peut accueillir les pilotes et leurs familles quand il y a un rayon de soleil.


Les immenses hangars abritent à la fois les avions et les ateliers. En tôle ondulée et un peu rouillés, ils datent de 1930 et ont une charpente remarquable : les deux hangars accolés sont très larges, pourtant les poutrelles d’acier sont disposées de telle sorte que, par une habile composition des forces, il n’y a aucun pilier qui soutienne la voûte au centre, ce qui permet le rangement des avions de grande envergure. Le sol à l’intérieur est bétonné, ainsi que devant les hangars et jusqu’au bout du " taxiway ", piste en dur qui conduit au milieu du terrain d’atterrissage. Très exceptionnels, ces hangars devraient être classés un jour monuments historiques. Les vitres du haut se souviennent encore des mitrailles des chasseurs tirant en rase-mottes durant la Deuxième guerre mondiale : la trace des balles est restée dans le verre et la tôle. La brochure de l’Aéro-club commente qu’en 1965 les hangars se sont transformés en " cathédrale " le temps d’une messe solennelle avec bénédiction des aéronefs, révélant l’importance symbolique dont les pilotes les investissent: ces hangars sont l’écrin précieux de leurs avions, là où ils accomplissent presque rituellement tous les gestes nécéssaires à leur entretien, à la préparation des vols, etc. Tout vénérables qu’ils soient, ils n’en ont pas moins subi le passage de graffiteurs sur la façade arrière.

Comme dans un aéroport, la piste de décollage et les hangars sont interdits aux non-membres, par mesure de sécurité. On réprime avec sévérité ceux qui osent s’approcher de trop près des avions sans permission. Des pancartes disséminées sur l’aérodrome indiquent les autres interdictions comme une muette police des espaces (ne pas fumer près de la pompe à essence, ne pas s’aventurer sur la piste...). Par contraste, la piste est un espace de liberté. Cette grande étendue de gazon rappelle qu’on pratique ici un sport de plein air. Des daims, des lièvres et d’autres animaux la traversent souvent. Les pilotes remarquent le vol immobile des busards guettant une proie ou les apparitions d’oiseaux rares... D’une certaine façon, ils sentent qu’ils leur sont apparentés.

Les personnages
Être pilote, c’est faire partie d’une grande famille dont les limites dépassent les frontières. Cette pratique, liée à leur amour des avions et de tout ce qui touche à l’aéronautique, unit les membres du Club et établit la communion avec tous les autres pilotes français et de l’étranger. Les pilotes partagent le même système de valeur, qui tout en les haussant à leur statut de pilote, installe aussi une hiérarchie entre eux. La valeur d’un pilote, c’est son expérience, code international de reconnaissance dans ce milieu. Les pilotes déclinent leur nombre d’heures de vol comme s’il s’agissait de leur carte d’identité. Les élèves prennent des leçons avec le chef pilote ou l’un des instructeurs du Club - il faut environ 15 heures pour obtenir son brevet de base. Le jour où ils sont " lâchés ", prouvant qu’ils savent piloter sans l’instructeur à leurs côtés, ils entrent dans la grande famille des pilotes. On peut ensuite passer les brevets supérieurs, pour transporter des passagers, voler aux instruments sans visibilité... A partir de ce moment et à condition qu’il vole régulièrement, le pilote comptabilise soigneusement ses heures de vol, indicateurs de son expérience. Le chef pilote, qui pilote depuis toujours et par tout temps, a plus de 17 000 heures de vol à son actif, mais la plupart des membres ont seulement quelques centaines d’heures. De jeunes pilotes ayant dans l’aviation une visée professionnelle sont " stagiaires "; ce seront de futurs pilotes de ligne, ou des pilotes de chasse s’ils sont militaires, les premiers étant mieux payés, mais les seconds ayant le prestige. L’Aéro-club leur sert de tremplin à la carrière aéronautique. Leur brevet en poche, ceux qui ont un avion privé partent pour de grandes randonnées jusqu’en Afrique, en Italie, ou dans le Sud de la France ; les autres volent avec les avions du Club dans un périmètre restreint au-dessus de Besançon. Les anciens du Club, dont certains sont là depuis les années cinquante, essaient d’assurer une présence permanente au Club, au cas où, par exemple, des avions voudraient se ravitailler à la pompe à essence - c’est un devoir d’être présent pour les camarades en difficulté - mais surtout pour cultiver l’" ambiance aéro-club ", dont ils sont les détenteurs et qu’ils voudraient transmettre aux plus jeunes.


Les pilotes forment aussi une famille au sens strict : on est souvent pilote de père en fils. Le milieu familial a une influence sur le choix de ce loisir : quand le père ou l’oncle a été pilote, ou plus largement quand des membres de la parenté ou des amis proches ont touché de près au monde de l’aviation, il est courant que l’on devienne aviateur. Le plus jeune des élèves-pilotes de l’Aéro-club a avoué être l’arrière-petit-fils de l’instructeur de Saint-Exupéry : une illustre ascendance ! L’imaginaire familial impressionne sûrement les individus, de même le prestige de l’Armée de l’Air ou de l’Aviation Civile : quel rêve de devenir pilote de chasse ou commandant de bord sur un Boeing !

Il est courant que des pilotes pratiquent l’alpinisme et la voile, sports bourgeois mais aussi sports d’altitude et de vitesse, usant comme l’avion de la force des éléments naturels, de la mer, de la montagne. Certains ont bricolé leur propre bateau comme ils ont bricolé de toutes pièces leur avion. Il est à remarquer qu’en dehors d’une certaine ostentation sociale à être pilote, il y a aussi un goût du risque, de la hauteur, peut-être symbolique d’une hauteur sociale, significative d’une recherche de " distinction " selon le terme de Bourdieu, ou de l’aspiration à former avec l’objet technique un tout maîtrisé comme un prolongement du corps, un " montage " socio-technique comme le conçoit Marcel Mauss .


Le Club emploie un mécanicien pour entretenir les avions. Ancien militaire, il parle de ces avions comme de ses enfants. Il leur voue de tendres sentiments, connaît les " faiblesses " de chacun. Il vient les voir même pendant son jour de congé.

De nombreux membres possèdent leur avion privé, et la plupart l’entretiennent eux-mêmes. Certains pilotes l’ont construit eux-mêmes, alors qu’il aurait été moins cher de l’acheter d’occasion. Mais c’est incomparable : quand on conçoit soi-même son avion, il devient unique, toutes les pièces sont faites sur mesure. Les plans sont achetés, un peu modifiés ou complétés ; on acquiert le moteur et on le modifie un peu. Faire faire les réparations par un atelier serait très onéreux, explique-t-on. On bricole seul, en glanant éventuellement des conseils parmi ses amis. On s’approprie ainsi son aéronef, comme les motards font avec leurs motos, en fouaillant dans leurs entrailles. "
C’est sympa de l’entretenir. On préfère le faire soi-même, comme cela on est sûr que ce sera bien fait... C’est comme cultiver son potager. Aller à Carrefour acheter les légumes, c’est moins cher et moins fatigant, mais ce n’est pas la même chose... " Les pilotes sont d’accord sur ce point : dans l’Aéro-club, ils possèdent de " vrais " avions. Ce ne sont pas des Boeing qui ont l’air de bus, d’où on ne voit rien et où on ne sent rien en vol. Même si maintenant leurs avions ont tendance à être plus simples, plus policés, plus anonymes qu’avant, soupire le chef-pilote…

Les vélivoles

Parmi les pilotes, ceux qui pilotent les planeurs sont à part. Les vélivoles sont aux pilotes d’avion à moteur ce que les navigateurs en voilier sont aux pilotes de bateau à moteur.

Contrairement au vol moteur, le vol à voile est considéré comme un sport exigeant une fine perception de l’environnement aérien, des courants d’air ascendants, moteur du planeur. Il faut être en bonne condition physique.

Par rapport aux avions à moteur compacts et lourds, les planeurs ont l’élégance de leurs longues et fines ailes blanches ; n’ayant pas de moteur ils ne connaissent que peu d’ennuis mécaniques. Pour eux, il ne s’agit pas de parcourir une longue distance (sauf en compétition) mais de voler le plus longtemps possible, pour le plaisir de se trouver en harmonie avec cet environnement aérien.



Comme dans un sport collectif, les vélivoles cultivent la solidarité, l’entraide, le travail en équipe. On a besoin en effet d’être plusieurs pour mettre en route un planeur : il faut que quelqu’un tienne l’aile au décollage pour l’équilibrer et que quelqu’un d’autre pilote le remorqueur.

 Puis si le pilote a " fait une vache ", c’est à dire qu’il s’est posé dans un champ sans pouvoir retourner à l’aérodrome, les " copains " doivent amener la voiture et la longue remorque, éventuellement déménager les clôtures en chemin ou couper les barbelés, s’épuiser en manœuvres compliquées pour passer avec l’encombrante remorque dans les petits chemins caillouteux et les virages serrés, car il arrive que le beau champ aperçu du ciel par le pilote soit en fait un endroit presque inaccessible en voiture. Un dépannage peut prendre toute une journée, il arrive même que le retour se fasse à deux heures du matin, à l’épuisement général.

Ces histoires de vaches sont rocambolesques. Certains aviateurs du Club se sont vachés en plein centre ville à Dole, d’autres dans le creux d’un torrent, broyant le planeur en mille morceaux. Parfois, si c’est un beau champ, et que toutes les conditions de sécurité sont respectées, le remorqueur vient lui-même chercher le planeur. Le lendemain, celui qui s’est vaché doit payer une omelette géante bien arrosée aux braves copains qui l’ont secouru. Les histoires que l’on transmet ainsi font la culture et le " folklore " des vélivoles, l’occasion de faire durer le plaisir en les racontant encore et encore...

Il y a tout sorte d’histoires drôles ou mystérieuses sur les avions eux-mêmes et les péripéties que les pilotes ont eu à leur bord. Parmi les moments les plus forts, ces derniers racontent les peurs bleues qu’ils se sont faites en vol : l’entrée par accident dans un nuage qui n’en finissait pas (c’est très dangereux : on peut percuter un autre avion), un atterrissage difficile dans les montagnes suisses, mais aussi des émotions agréables comme l’accueil chaleureux d’une hôtesse sur l’un des aérodromes visités, la beauté du paysage enneigé d’un autre terrain d’atterrissage, découvert à la descente d’avion...

Les vélivoles ont en permanence dans leur local de quoi festoyer. Bières fraîches et victuailles servent à réconforter le groupe resté à terre dans le froid - ou la chaleur - pour garder le contact radio avec le vélivole et attendre son tour, pendant que le copain évolue en lentes spirales ascendantes. Durant ces longues attentes, on joue aux cartes, on discute, ce sont des heures qui soudent le groupe. Le président de l’association, forte personnalité, professeur d’expression à l’université et acteur de théâtre, a l’art et la manière de raconter les histoires de vaches et les autres aventures extravagantes et loufoques qui n’arrivent qu’aux vélivoles.

Compte tenu de son moindre coût et de sa dimension sportive, le planeur est pratiqué par une population plus jeune et moins fortunée : les étudiants. Souvent, le père pilote un avion à moteur tandis que le fils pilote le planeur. Cela correspond à une sorte d’ascension sociale que d’accéder au pilotage des avions à moteur. Le président rappelait d’ailleurs les vertus éducatives du vol à voile : " il faut se botter les fesses pour monter dans un planeur " ; il faut du temps et de l’énergie pour s’en occuper, le ranger, le nettoyer, le mettre sous housse, récupérer les vaches, et tout le reste. Autres passionnés d’aéronautique mais plus discrets, les Aigles Comtois modélistes se différencient du " vol grandeur " principalement par le budget investi : trois mille francs suffisent pour s’offrir un modèle réduit de taille moyenne, qu’ils construisent ou achètent comme les autres pilotes. Ils pratiquent le soir, sur la pelouse à l’extrémité de l’aérodrome, à des horaires définis par les règlements municipaux à cause du bruit. L’aérodrome de La Vèze organise régulièrement des meetings de modélisme où l’on exhibe toute sorte de modèles de planeurs, d’avions à moteur. Les modélistes font bon ménage avec les pilotes d’avions grandeur nature, même s’ils ne les voient pas beaucoup; ils y comptent des amis. Les pilotes d’ULM sont encore plus discrets, ne pilotant que le week-end leurs " tondeuses ".


L’activité de pilotage
Piloter dans l’Aéro-club est une activité de loisir, un sport.


L’association permet une grande liberté de pratique à ses membres : il suffit de s’inscrire sur le registre, de prendre les clefs de l’avion, de procéder au tour d’inspection de l’appareil pour s’y installer et décoller sans autre formalité pour une petite excursion au-dessus de Besançon, par des conditions météorologiques qu’on choisit les meilleures. On vient voler quand on a le temps, à l’heure du déjeuner, ou après le travail, ou le week-end seulement. On peut aussi prendre des leçons àtoute heure du jour. Il arrive qu’on parte en groupe faire la fête à 100 km, en Suisse ou en Allemagne, afin d’entretenir les relations avec les aéro-clubs des environs, par delà les frontières. Plus rarement, on fait des randonnées aériennes jusqu’en Afrique. On " budgette " le voyage, puis on le réalise en s’y mettant à plusieurs. Certains font de la compétition de voltige ou de vol à voile.



Les mots

Voler est une sensation particulière qui donne un plaisir intense,
une détente délicieuse.
Les mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche des pilotes sont "
rêve ", " plaisir ", " passion ".

Être en l’air, "
partir la tête dans les nuages ",

c’est se dégager des ennuis terrestres, de la pesanteur quotidienne pour évoluer en toute liberté dans les cieux.

Certains qualifient cet état de "
prise de conscience métaphysique ". " On oublie les soucis, on est tranquille, la terre devient toute petite, les soucis restent en bas ".

 En l’air, on se sent le maître, on se laisse griser par l’altitude,
" comme si l’on escaladait le Pic du Midi. "

 Le pilote, en s’élevant dans les nuages, quitte tout d’un coup la société des hommes ordinaires, et en intègre une autre, privilégiée, qui le rend condescendant pour ceux du sol, les "
rampants ".
 Dans les airs, il peut se prendre pour un demi-dieu, de ceux qui ont des ailes comme les anges ou les Walkyries. C’est en l’air qu’il peut entrer dans la légende, alors que les terriens restent collés au sol, englués dans leurs problèmes .


La dimension onirique imprègne l’imaginaire du pilote qui se définit lui-même comme un rêveur et un aventurier.

 Il aime raconter ses exploits aux autres, il prend le temps de le faire, un verre à la main (le bar prépare spécialement des cocktails sans alcool pour rester suffisamment sobre aux commandes de l’appareil).

Chaque pilote ajoute ainsi sa pierre au corpus mythologique transmis de génération en génération de pilotes. Ceci explique l’existence d’une très riche littérature sur l’aviation et les exploits aéronautiques en général, à commencer par Saint-Exupéry, Richard Bach et bien d’autres.


Par contraste, le pilote doit être d’une grande rigueur dans le respect du règlement, la vérification de l’avion, la check-list. C’est une question de vie ou de mort, car une panne en plein ciel peut être fatale. La courte inspection générale qui précède obligatoirement le départ est aussi un moyen de s’approprier symboliquement l’aéronef, quand il ne lui appartient pas personnellement : tout pilote "
fait le tour " de son avion avant de partir, que ce soit un Boeing ou un petit biplane, pour s’assurer que la direction marche bien, qu’il ne manque pas une vis ici ou là...
Les aviateurs disent volontiers qu’ils pilotent " avec leur cul ", résumant de façon truculente ce rapport intime qui relie le pilote à sa machine, un contact tactile, sensitif, direct. Le pilote, assis sur son siège, avec aux pieds le " palonnier " (les pédales) et tenant dans la main le " manche à balai ", ressent profondément dans son corps toutes les trépidations de l’avion, les soubresauts de la machine, ce qui lui permet de comprendre les réactions de l’aéronef à l’environnement et de le guider. Aux débuts de l’aviation, alors que les avions bondissaient plus qu’ils ne volaient encore, les pilotes devaient être des athlètes chevronnés pour réussir à faire décoller leurs engins. Emmanuel Chadeau dans Le rêve et lapuissance raconte " l’art du pilotage " que c’était à cette époque. " Maintenant c’est de la voiture ", dit le chef pilote, ce n’est plus si extraordinaire de voler. Pourtant il reste ces " sensations " particulières, d’autant plus fortes que l’avion est petit. Les pilotes de ligne ont à cause de cela moins de plaisir à voler. L’automatisation du cockpit y rend la présence du pilote à peine nécessaire, l’ordinateur étant capable de manœuvrer seul, et l’avion est tellement lourd et massif que cela atténue toute sensation de voler. En résultat, ils sont assez frustrés et s’inscrivent dans un aéro-club pour voler dans de " vrais " avions.


Pas même le danger ne vient entacher le plaisir de voler. D’après les pilotes, il est minime : " La phase la plus dangereuse est entre chez vous et l’aérodrome. On a plus de chance d’avoir un accident en voiture qu’en avion ". Ils insistent sur les qualités de lucidité que possède le pilote, pour agir vite dans les moments critiques, sur sa maîtrise de la machine.


Pour ceux qui n’ont jamais été à un meeting aérien, voici un exemple d’évolution spectaculaire en planeur, il s’agit des " vrilles " : "
sacrée sensation, l’aile qui est en haut décroche en premier, et on passe sur le dos tout d’un coup. Au début on a très peur, ensuite on en refait. Le must est de déclencher sa vrille et de savoir l’arrêter, le nez exactement à tel endroit. Là on commence à prendre son pied, quand on maîtrise vraiment l’avion. L’homme dépasse alors l’oiseau car on n’a jamais vu d’oiseau sur le dos ".

Le parler des aviateurs
Le discours des pilotes conjugue un jargon technique aéronautique et un argot propre aux aviateurs. Ces expressions se transmettent à partir d’anecdotes enjolivées. En voici quelques échantillons.



L’alphabet aéronautique : Alpha, Bravo, Charly, Delta, Echo, Fox(trot), Golf, Hotel, India, Juliette, Kilo, Lima, Mike, November, Oscar, Papa, Quebec, Romeo, Sierra, Tango, Uniform, Victor, Whisky, X-ray, Yankee, Zoulou.
On indique l’immatriculation des avions par des mots au lieu de lettres simples (l’avion du Club dont le code est MZ s’appelle Mike Zoulou). Ces associations de lettres et d’images créées par les aviateurs (de langue anglaise), évoquent certains thèmes : les voyages lointains (Lima, capitale du Pérou, le Québec, la Sierra...), l’aviation américaine (Yankee, Charly...), l’armée (l’Uniform, les X-ray de la visite médicale...), la gloire et la célébrité (Bravo...), l’héroïsme (Oscar, Victor...), les bars (Whisky, Hotel, Tango...), les aventures amoureuses (Roméo et Juliette...), la peur (Papa...), l’excentricité (Zoulou...). Les tours de contrôle utilisent toujours ces codes, et le non-initié qui dans le cockpit de l’avion écoute ces conversations radio, avec ces noms exotiques mêlés d’indications très techniques, tombe dans un surréalisme inattendu.


Autre thème de conversation, l’environnement aérien, quand il n’est pas décrit avec un jargon scientifique (phénomènes météorologiques, aérologiques, orographiques, ascendances turbulées, etc.),
apparaît dans les expressions comme un gigantesque tube digestif qui malmène l’avion : on parle de
dégueulantes (un trou d’air ou courandescendant ; le contraire est une pompe) ; s’écraser, c’est se vomir. Cet environnement aurait même des caractères sexués, comme la biroute, la manche à air. Une belle météo, avec de très bonnes conditions de vol, c’est un temps de curé. Pour les planeurs, quand il y a de belles ascendances, on dit que ça pompe des plaques d’égout (les courants ascendants sont tellement forts qu’ils pourraient soulever ces lourdes plaques de fonte). L’ascenseur à couillon, c’est quand la forme de la pente provoque une ascendance qui permet de rester en l’air sans se fatiguer. Quand le planeur parvient à rester en l’air, on dit qu’il accroche (au plafond).


 Un avion
décroche quand sa vitesse ne lui permet plus de voler (en dessous de 60 à 80 km/h avec les avions du Club).
L’évolution de l’avion dans les airs se traduit par les termes suivants : avoir du Badin, c’est aller vite, le contraire d’avoir un Badin dans le coma : l’avion ne va pas assez vite et risque de décrocher (le Badin porte le nom de son inventeur, c’est un petit appareil qui mesure la vitesse, appelé aussi anémomètre). Avoir un Badin joufflu, c’est prendre trop de vitesse. Un avion sur la tranche : fortement incliné, il commence à prendre de l’accélération ; faire un virage en table de bistro, c’est faire un virage facile où l’avion reste horizontal, car le pilote est peu expérimenté et a peur de faire tomber l’appareil . En voltige, se retourner la crêpe, c’est passer sur le dos; prendre une gamelle, c’est quand on ne contrôle plus l’avion pendant un court moment; faire une patate, c’est rater un looping. Aller aux pâquerettes, faire du rase-bitume, du radada, raser les moustaches (les pilotes sont censés arborer de belles moustaches), c’est voler au ras du sol, en rase-mottes, ce qui est interdit car trop dangereux.


Phase finale du vol,

 l’atterrissage est investi d’une importance spéciale pour le pilote : premièrement il sait qu’il est "
sauvé ", deuxièmement il lui faut terminer en beauté car cela impressionne les camarades et " c’est très satisfaisant " pour l’amour-propre. Pour cela, il y a toutes sortes de façons de qualifier le style de l’atterrissage, le sien ou celui des autres. Quelqu’un qui se pose trop loin ou trop long a mal calculé sa vitesse d’atterrissage : il a effacé toute la piste, ce qui est ennuyeux car il ne laisse plus de place pour se poser ensuite, comme si la piste avait disparu sous l’avion (il faut remettre les gaz, et refaire toutes les manœuvres). Quelqu’un qui a oublié de sortir le train d’atterrissage se vautre sur le gésier, au grand amusement des autres. Quelqu’un qui se pose doucement, sans rebond, l’atterrissage parfait, se pose sur des oeufs ; le contraire, c’est emboutir la planète ou avec plusieurs rebonds faire un atterrissage de colonel (" Je t’en compte trois ! " : les spectateurs ne manquent pas ensuite de donner leur appréciation). Il arrive qu’on redécolle pour exécuter un atterrissage plus réussi.

Un " montage " socio-technique Comme nous l’avons vu précédemment, dans l’Aéro-club les pilotes sont très proches de leurs avions. Ils entretiennent un rapport physique et corporel à la machine. Ils en sont tellement proches qu’ils finissent par se fondre avec eux.


En apparence, il y a peu de ressemblance entre le pilote, matière vivante et pensante, et l’aéronef, masse de métal et de plastique inanimée. Mais du point de vue social et de l’imaginaire, la différence est déjà beaucoup moins nette.


En premier lieu, le langage des pilotes montre leur tendance à animer la machine (littéralement, à lui donner une âme), et au contraire à se transformer eux-mêmes en machine, par une sorte d’homogénéisation de la matière dans le tout compact, dans l’unité de sens que forme le pilote avec (dans) son avion.

D’autre part, dans l’organisation sociale du Club, il est clair que n’importe qui ne conduit pas n’importe quel avion, que ceux-ci, loin d’être seulement manipulés, sont aussi des acteurs sociaux, ce qui amène à penser l’objet comme un " hybride socio-technique ", selon le mot de Bruno Latour .


L’avion, dans l’imaginaire langagier des pilotes, est logiquement apparenté à la famille des oiseaux, mais c’est un oiseau au corps hybride : les coucous de Thise ont des plumes aux ailes, un gésier, une queue. Par ailleurs, ils n’ont pas de bec mais un nez, pas de bouche mais des cure-dents (l’hélice) comme les hommes. Ils ont même des poux : un morpion de carlingue est une personne qui ne rate pas une occasion de faire un tour en avion. Un avion qui grimpe aux arbres, comme s’il avait quatre pattes est un avion qui a une forte puissance ascensionnelle.


Un planeur qui a du mal à s’élever
gratte ou morpionne la pente. Les planeurs se reposent, comme les petits d’homme, dans des berceaux. Une observation plus poussée aurait pu peut-être faire apparaître une anatomie plus sophistiquée de l’avion, comme c’est le cas pour le kayak dans l’imaginaire esquimau : une partie se nomme la vulve, une autre le pénis, etc. .


Ces mots tirés du registre animalier ou humain et transposés à l’avion tirent leur origine, évidemment de leur ressemblance avec des éléments de l’avion, mais surtout de la représentation globale que le pilote a de sa machine : prolongement de son bras, outil obéissant par l’intermédiaire duquel le pilote est mis en contact avec son environnement aérien et peut apprendre à le connaître, jouer avec, comme l’aveugle explore le monde avec sa canne. L’avion est en ce cas le membre qui manque à l’homme pour voler, et qui, depuis son invention, le complète enfin.

D’autres expressions montrent en effet que le pilote élargit son enveloppe corporelle à la carcasse de l’avion ; alors le pilote et l’avion font un.

En atterrissant doucement, sans rebond, l’avion fait
un kiss landing, il embrasse le sol, comme un geste tendre du pilote pour sa terre nourricière.
L’avion qui se pose trop loin devient un monstre vorace :
il a bouffé toute la piste ! On dit que ça booste aussi bien pour un pilote en forme que pour un moteur qui marche bien. Un bel avion devient digne de qualités humaines, ou du moins animales. Par contre, un mauvais avion redevient de la matière inerte, une machine (ce qu’il n’a cessé d’être) : un tacot, une trapanelle, une lampe à souder, un fer à repasser lourd et peu maniable.


Parallèlement à l’animation de la machine, le vocabulaire des pilotes laisse apparaître une " machinisation " de l’homme.

On dit par exemple pour un pilote qui n’a pas l’air dans son assiette qu’
il n’a pas tous ses tours (de moteur) ou bien qu’il marche en IFR (Instrument Fly Rules : sans visibilité, vol aux instruments, au radar), qu’il ne contrôle pas tous ses paramètres.

On appelle les pilotes âgés de
vieilles tiges (...de fer ; ce n’est pas péjoratif : il existait l’Association des Vieilles Tiges à Thise).


Ainsi, dans leur imaginaire, les pilotes forment avec leur avion un tout. Par osmose, ils se transmettent réciproquement leurs caractéristiques : l’avion devient humain, et l’homme devient une machine sophistiquée.


Familiers du Club, objets d’investissements émotionnels grandissant avec les années (chaque membre se souvient des péripéties de tel ou tel avion du Club), les avions quittent rapidement leur statut de marchandise importée pour devenir membre du Club à part entière. L’achat d’un avion est une affaire qui concerne tout le Club ; chacun des membres peut dire son mot. Il aurait été intéressant de comprendre comment se porte le choix sur tel ou tel type d’avion, quels enjeux sociaux se nouent. La construction de l’avion dans le hangar ne crée-t-elle pas de nouveaux liens entre les membres ? Elle pourrait presque prendre la forme d’un chef-d’œuvre compagnonnique, consécration de la carrière de pilote. Ceux qui finissent par posséder un avion acquièrent grâce à lui un autre statut social.


Conclusion

Appartenir à l’Aéro-club de Thise, et plus largement être pilote, c’est faire partie d’une micro-société qu’une sociabilité spécifique lie au monde de l’aéronautique. Les pilotes ont le sentiment de faire partie d’une grande famille, au sens figuré comme au sens propre, puisque on est souvent pilote de père en fils. Leur point commun est la passion de voler. Désir de distinction et souci de transmission y sont intimement mêlés. A Thise, on pérennise l’histoire, dans la tradition des premiers aviateurs, à l’abri de hangars vénérables. De nombreux membres inscrits depuis plus de vingt ans sont les gardiens de la culture du groupe.

Pourtant, on peut se demander comment se combinent continuité et évolution de l’Aéro-club avec les événements politiques et économiques de la région. Y a-t-il changement social ? Le terrain d’aviation est de façon latente menacé par la promotion immobilière, les pilotes de ligne, autrefois les stars du système, connaissent le chômage, on cherche à muséifier le hangar, à lui donner le statut de monument historique pour le préserver du temps, le transport aérien se démocratise et se transforme à grande vitesse... La région de Besançon est riche en aérodromes. Il y en a huit : Dijon, Vesoul, Belfort, Pontarlier, deux à Mulhouse, et deux à Besançon. Peut-être sont-ils même en surnombre ? La réglementation, d’après le chef pilote, est de plus en plus contraignante et tend à tuer l’aviation légère en augmentant sans cesse les coûts de vol. Cela va devenir trop cher pour les petits propriétaires. " On fait faire des tours de piste réglementaires, explique-t-il, des approches de type avion de ligne, plus plates, avant l’atterrissage ; on oblige les avions à circuler dans certaines zones, les équipements sont de plus en plus coûteux (transpondeur, radio, etc.). Cela peut dissuader les gens de faire de l’avion. " De plus, des lobbies se forment contre les aérodromes à cause des nuisances sonores ; les gens qui ont nouvellement emménagé aux alentours sont les plus irascibles. La croissance de la ville, l’encombrement des voies aériennes, etc. rendent la survie de ces aéro-clubs incertaine.

Mais tous ces obstacles sont-ils des menaces réelles ou viennent-ils renforcer la beauté de l’envol, vrai défi à toutes les pesanteurs ?











Par Juliette - Publié dans : Histoires et récits des vols - Communauté : Loisirs & Passions
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 10:19
http://surlezinc.blogs.com/jcp/2007/03/vol_voile_prtem.html
cet article est tirée du blog "Sur le Zinc", le blog de Jean-Claude Petit, artiste peintre aéronautique et auteur. Merci Jean Claude ;-))  Un mois après avoir rencontré Jean Claude sur le net, j'apprends le décès de cette figure  historique. Artiste peintre bien connu du monde de l'Armée de l'Air, n'hésitez pas à aller sur ces blogs pour découvrir son esprit hors du commun:  http://surlezinc.blogs.com/jcp/  
 
dégustation de son talent d'écrivain:

 

 

 Vol à voile, prête-moi tes plumes...

On ne dira jamais assez combien le vol à voile est une école qui forme des aristocrates au sens noble du mot.

Une école de talent, de dépassement de soi, d'intuition et d'intelligence, de science aérologique, de sérénité, de poésie et de contemplation. Car tenir des heures en l'air, sans le secours de l'énergie pétrolière une fois le câble largué, ne relève pas du miracle, mais bien de toutes ces qualités humaines combinées.

-

Edelweiss_aire_s_opt

-

Ambiances planantes

-

La bucolique

-

Vous êtes sur un terrain dégagé, silence. Vous entendez vaguement une alouette chanter dans le lointain. Et puis soudain, un sifflement comme une plainte, des hurlevents estompés. Vous levez la tête en direction de ces sirènes. Et c'est un planeur qui épuise sa dernière énergie avant de rejoindre la branche du circuit d'approche, dite vent arrière.

-

Aterro_cadre_sombre_opt

-

Vous ne le quittez plus des yeux. Il vire majestueusement, car tout, dans le planeur, est majesté, j'allais dire

Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté

Courte étape de base, dernier virage, il est aligné. Deux taches rouges émergent de ses fines ailes: les aérofreins. Nez bas il file encore, rase le gazon et puis touche. Bruit de roue, blam blam blam...Il s'immobilise. Une aile s'incline doucement, pose délicatement son extrémité dans l'herbe tendre.

Quelqu'un ou quelque une a volé.

-

-

La compétitive

-

Parfois, c'est une tout autre histoire. Vous êtes sur un terrain plein comme un oeuf de caravanes, de tentes et de remorques. Un camp de gens du voyage ailé. Allemands, Suisses, Hollandais...

Vous voyez quelque chose de fin et blanc se pointer à l'horizon lointain. Pas de doute, c'est une grande plume. Et elle va vite. Elle se rapproche au ras du sol. Combien? Un bon 200 à l'heure? Probable. Les plumes sont incurvées vers le haut. Sifflement crescendo. Et puis le fuselage lâche un brouillard d'eau qui se disperse en voile vaporeux.

-

Discus_2_de_tagazous_opt

Crédit photo Daniel Saint Sanvain (D520) sur Tagazous où vous verrez cette splendide image en très grand

-

Le planeur amorce alors une vertigineuse et majestueuse remontée. Les ailes ploient un peu plus, la vitesse décroît. Virage en U, finale. Le fin du fin est que le planeur s'est posé non loin de la caravane où s'amusent quelques gamins. Certains sont déjà dans le bain...

Papa ou Maman sont de retour. Peut-être ont-ils battu un record de durée ou de distance ou de gain d'altitude. Ils sont fous ces parents...

-

Vol_voile_jcp_opt

-

L'énergie, tout est là !

-

Trombe_opt

Cliquez, ça booste !

-

Il y a quatre sortes d'énergie utiles au vélivole.

-

L'énergie potentielle

-

Une certaine masse à une certaine altitude. Plus on est haut, plus il y en a. Faites le calcul, ça descend tout seul. Mais comme les planeurs sont de plus en plus fins, ils rallongent le point où ils vont toucher terre et le plancher des vaches. Car c'est faire "une vache" que de se poser en campagne dans un champ quelconque, mais bien choisi pour éviter tout dommage.

-

Schleicher_ask_13_opt

Schleicher ASK 13

-

Certains planeurs frisent ou atteignent aujourd'hui une finesse de 60. Dingue!

L'ASK 13 des années 66/80, n'obtenait qu'une finesse 27, ce qui ne l'empêcha nullement d'effectuer de belles distances.

-

Twin_astir_evora2_opt

Crédit photo Aéro Club d'Evora (Portugal, Alentejo)

Là, ça monte encore un peu, c'est du zéro positif au variomètre.

-

L'énergie thermique

-

Rushmore_ii_encadr_opt

Rushmore II, Acrylique JCP sur papier 60 x 40.

Disponible. Conditions, voir ma Galerie Air

-

C'est la plus mystérieuse. Elle est contenue dans l'air et se visualise grâce aux nuages dont la forme, la position, l'imbrication est une mine de renseignements pour le vélivole.

Pour faire simple, sous un petit cumulus, il y a des chances que ça monte quelque part. Mais ce qui monte descend aussi. Et c'est là que se manifeste l'art d'utiliser les mouvements convectifs du chaudron de sorcière.

Y pas de'hélice, hélas, c'est là qu'est l'os,

disait fameusement Bourvil dans La Grande Vadrouille où il s'échappait en planeur avec l'encombrant De Funes, au nez et à la barbe de la Wehrmacht.

Les oiseaux sont très bons en vol à voile, tels les vautours, les aigles, les cigognes...(Voir note en fin d'article sur Michel Mouze).

-

Cunimb_en_formation_opt

Par temps "fumant", il y a de la joie dans l'air...

Montage JCP

-

L'énergie dynamique

-

C'est de l'énergie éolienne dirigée dans le sens qui intéresse le vélivole ou le goéland.

Pourquoi croyez-vous que les planeurs "astiquent" les pentes des montagnes aller-retour sans se lasser? C'est parce que le vent, rencontrant la pente, monte, monte et redégringole de l'autre côté, celui qui n'intéresse personne.

Ce vent peut être dû à la différence d'énergie qui existe entre la pente exposée au soleil et celle à l'ombre. Adret, ubac.

-

Effet_de_pente_opt

-

Il peut être dû tout simplement à son orientation générale. Un mistral rencontrant les Alpilles intéressera toujours les vélivoles, même si le fond de l'air est frais. Alors qu'un vent nul un plafond bas...

Le goéland joue au même jeu à l'aplomb des falaises. Qui n'a pas vu de goéland émerger soudain du vide, immobile mais montant, frétillant des rémiges, puis filant comme le vent au sommet pour revenir taquiner l'ascendance iodée qui fouette la craie, fait cheminée, puis meurt en caressant les bruyères.

On a le même spectacle à Challes-les Eaux, sous La Croix du Nivolet. Pas de goélands, mais des planeurs qui jouent au goéland.

-

L'énergie ondulatoire

-

Nuage_lenticulaire_opt

-

Elle est voisine de la précédente, mais elle se manifeste par effet d'onde générée par le vent sur le relief. Elle peut être redoutable, au sens efficacité du mot.

J'en connais un qui s'y connaît. Il est jeune retraité. Il s'est acheté un planeur motorisé au lieu de faire construire une piscine qui est une source de tracas et un gouffre à budget.

Quand il voit de petits bérets blancs s'empiler sur la montagne, il fonce au terrain, sort son planeur à décollage autonome. En 200 m de course, il est en l'air. Et il grimpe, grimpe sous les bérets basques, les nuages d'ondes, dits lenticulaires du fait de leur forme de lentille.

Son planeur est un 18m d'envergure. Sa finesse est de 50. Dès que l'onde lui assure un vario bien positif, il coupe et rétracte le moteur qui se loge dans le dos. Ni vu ni connu. C'est un planeur. Il se place face au vent, ajuste sa vitesse propre à celle du courant. Silence, on vole! Vitesse sol quasi nulle. Il encaisse des + 5m/seconde et à ce train là, on est vite à 5000 m. Oxygène nécessaire. Mais qu'importe le masque pourvu qu'on ait l'ivresse!

Lisez au passage ce court article relatif au phénomène, observé sur "La Montagne de Reims", une montagnette de 250m. Beau record, mais rien à voir avec les vols d'onde sur la Cordillère des Andes où s'est illustré Steve Fossett avec ses moyens ahurissants. Mais ce n'est déjà plus du vol à voile, c'est du cosmonautisme.

-

Steve_fossett_opt

Steve Fossett et Einar Enevoldson, 30 août 2006. 59 699 pieds (15 453 m) atteints à bord d'un DG 505 modifié: pressurisation et chauffage pour endurer les - 57°C à cette altitude.

-

Dis, JCP, peins-moi un planeur...

-

Un comme ça?...

-

Pgase_en_gruyre_opt

Crédit photo Aéro Club de Gruyère

-

...ou un comme ça?

-

Essai_1_opt

Crédit photo Aero Club de Gruyère, mais c'est un montage JCP

-

Ou bien un que personne n'aurait encore jamais vu?

Un comme en pratique et en a magnifiquement photographié Vincent Daudon?

C'est sur le forum TARMACS.

-

Ras_du_sol_opt

Crédit photo Vincent Daudon

-

Couchant_opt

Crédit photo Vincent Daudon

Ou enfin une échappée dans le monde merveilleux et secret des vélivoles à plumes et à toile...

-

Version_vautour_opt

Esquisse légère...composition en X

-

Notes:

A lire ou relire Vol à Voile et Vol-au-Vent: la recette. Un billet que j'avais écrit pour mater (du verbe ibérique matar) ma nostalgie du Pays basque et du vol à voile. Itxassou, pays des cerises et du vol à voile, pratiquement l'unique aérodrome du Pays basque à l'exception de Biarritz Parme.

A lire sans retenue l'extraordinaire reconversion d'un biologiste dans l'observation des oiseaux, en tant que vélivoles: Michel Mouze nous conte l'extraordinaire talent naturel du vautour fauve appliqué au vol à voile. Contact est pris: nous correspondons.

Un autre pro du vautour fauve, Alain-Marc, parapentiste. Voir son site enchanteur l'Aquarelliste en voyage.

-



Par Juliette - Publié dans : découverte vol à voile - Communauté : aéromodélisme
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 10:20


Vous avez dit passion?

http://www.youtube.com/watch?v=ypyqXHCRPtY&feature=related

Marc Lasalle, un pilote parapente essaie de mettre en mots ce que nous pouvons ressentir en vol, ce qui nous passionne tant en vol,
ce qui nous charme tant.
 Cette réflexion résonne   tellement fort pour moi, 
 que je n'ai pas hésité
à la citer
et la placer dans mon blog sur le vol à voile!  

Pour les impatients, pour ceux qui sont venu pour les  explications techniques, allez à l'article 2: "la mécanique ludique"!



Laissons parler Marc, merci Marc pour cet article tellement bien écrit!
 

Je quitte le Mont Veyrier et je pars en transition vers le Semnoz.
 L'air est particulièrement calme, la lumière magnifique.

 Sous mes pieds, quelque 2000 mètres plus bas, défilent lentement la ville d'Annecy à ma droite et le célèbre lac à ma gauche.

 Un immense sentiment de plénitude et de joie m'envahit alors et je me demande avec quels mots je vais pouvoir tout à l'heure communiquer à mes amis mes sentiments lorsque j'aurai atterri.

 Quelle parole peut-elle, sans trahir la réalité, témoigner de l'intensité de ce que nous avons l'immense privilège de ressentir ?


Je serai tenté sans doute, comme cela est souvent le cas, de mettre en avant les émotions esthétiques qui sont en effet les plus faciles à faire comprendre : la vue sur le lac et sur les rangées de montagnes se succédant jusqu'à l'horizon était si belle,

les sillages des bateaux dessinaient de fines dentelles argentées sur l'étendue immense de l'eau immaculée du lac, tout le massif du Mont-Blanc était éblouissant de glaciers scintillant au soleil, le survol de la ville d'Annecy était magique, etc.


 Bien sûr, tout cela correspond à des émotions réellement ressenties pendant ce vol, mais est-ce bien là la source du sentiment de plénitude évoqué plus haut ?



Analyser la joie ressentie dans la pratique des sports de nature à travers la beauté de ce qui est vu me semble en fait très réducteur et déformant. Les alpinistes gravissent-ils les montagnes avec pour objectif principal la vue qu'ils auront du sommet ? Il suffit, par exemple, de demander aux centaines de candidats qui se pressent chaque année en espérant atteindre le sommet du Mont Blanc s'ils préfèrent atteindre celui-ci un jour où la visibilité est masquée par le brouillard, ou bien s'arrêter, à cause de la fatigue, au Dôme du Goûter un jour de grand beau temps avec une vue magnifique ?


Ainsi je pense que les émotions esthétiques sont bien sûr présentes et recherchées dans la pratique de nos activités sportives dans la nature, mais elles ne constituent pas fondamentalement le moteur de notre passion, ni l'objectif premier de nos projets. Elles sont la cerise sur le gâteau, mais elles ne sont pas le gâteau !


Quelles sont donc alors les raisons qui nous font tant vibrer ?





Le fait d'atteindre le but que l'on s'est fixé (tel parcours réussi en volant, tel sommet en montagne enfin atteint, telle voie d'escalade réussie, etc.) est-il ce noyau constitutif de l'intensité des émotions ressenties en pratiquant telle ou telle activité ?



Nous savons bien tous qu'il n'en est rien !

 Si cela était le cas et si le simple fait d'atteindre l'objectif que l'on se donne était la source de la joie que l'on éprouve,
 le plaisir devrait alors être le même d'effectuer son premier grand vol en solo ou en biplace, de boucler tel triangle de 50 km en paramoteur ou en parapente, d'atteindre le sommet du Mont Blanc à pieds ou en hélicoptère, de franchir le Col du Galibier en vélo ou en voiture, etc.


Même si celui-ci est bien sûr important, le but lui-même n'est pas vraiment l'essentiel, et, comme pour la plupart des activités humaines, c'est le chemin qui y mène et les moyens utilisés pour l'atteindre qui apportent le sens, le sentiment de création personnelle et la satisfaction d'avoir réussi à faire les choix nécessaires tout au long du chemin que l'on avait choisi pour atteindre l'objectif visé.


 Gandhi disait déjà : "La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la semence."























Alors, tout en admirant la ville d'Annecy défiler lentement sous mes pieds, je me remémore les moments qui m'ont permis d'arriver là où je me trouve.


Une heure plus tôt, je me trouvais au décollage de Coche Cabanne à côté de La Forlaz; c'était alors la deuxième fois que je décollais à partir de ce site. Une fois en l'air, je me souviens avoir cherché assez longtemps à prendre de l'altitude, alors que je voyais très haut au-dessus de moi des voiles qui partaient rapidement en cross. Je sais bien qu'il faut parfois s'éloigner du relief pour trouver les bonnes ascendances. D'ailleurs j'ai vu deux pilotes, sans doute habitués du site, décoller, partir tout droit en s'éloignant du relief, accrocher le premier thermique rencontré et quitter les lieux par le haut juste après avoir décollé.



J'ai cherché à les imiter, mais je n'ai su ni repérer ni rester dans les ascendances et je suis retourné au relief sachant que là, même si on ne monte pas, il est au moins facile de ne pas descendre ...

Petit à petit, j'ai quand même réussi à m'extraire de la zone de départ et à rejoindre la Pointe de la Rochette puis le Rocher du Roux. Impatient de poursuivre, je n'ai pas fait le plafond nécessaire et je me suis engagé trop bas dans la transition vers le Lanfonnet pour me retrouver à nouveau les pieds dans les sapins !


Cependant, tout a soudain basculé : j'ai rejoint le pied de la falaise, en deux allers-retours je me suis retrouvé au-dessus, transition immédiate vers les Dents de Lanfon puis vers le Mont Veyrier où, depuis l'altitude de 1600 m,

 j'ai trouvé une ascendance incroyable, large et régulière qui m'a hissé d'un seul coup à la vitesse de six mètres par seconde jusqu'aux barbules à 2500 m, d'où je suis parti en transition vers le Semnoz pour essayer de boucler le tour du Lac (que je ne réussirai d'ailleurs pas ce jour-là, mais ceci est une autre histoire ...).


 En me rappelant ainsi ce début de vol, il devenait clair que l'intensité de l'émotion ressentie venait précisément de ce qui s'était passé avant :

difficultés rencontrées au début du vol, puis,
 à force de motivation et de patience,
 réussite dans la phase initiale,
suivie elle-même d'une grande impression de facilité
au fur et à mesure que le vol se déroulait.
J'avais réussi à utiliser mes modestes
 compétences techniques
pour me diriger vers l'objectif que je m'étais fixé.


Cette superbe transition entre Veyrier et Semnoz constituait ainsi
en quelque sorte l'aboutis- sement
et la concrétisation de l'énergie
et de la motivation qui avaient nourri le début du vol.


Comme pour l'alpiniste atteignant le sommet désiré ou le grimpeur franchissant enfin le passage difficile qu'il convoitait, je pense que le sentiment profond ressenti est bien davantage de l'ordre
de la conquête plutôt que de celui de la contemplation.

 
Il ne faut pas prendre le mot de conquête dans le sens d'imposer par la force quelque chose, mais bien plutôt dans celui d'appropriation ou de maîtrise.

 Les alpinistes parlent bien de conquérir les montagnes
 (cf. "Les conquérants de l'inutile" de Lionel Terray),
et le terme de conquête correspond bien quelque part
 à la nature profonde de l'émotion vécue.


Il est clair que l'intensité des émotions n'est pas liée au niveau du pilote,
mais bien au contraire aux circonstances et aux motivations de chacun.

Un premier grand vol peut laisser un souvenir aussi impérissable
qu'un titre de Champion du Monde ou un cross de 200 km,
 bien que les chemins qui mènent
à ces différentes situations soient quelque peu différents !


Le parapente (
et le vol à voile ;-))  ) est un sport magique
 qui a l'immense mérite
de proposer de multiples facettes selon les motivations et les goûts de chacun :
 vols tranquilles en local sur site,
 vols de durée en dynamique,
vols de distance,
vols en bord de mer,
 vols de plaine, 
compétitions,
records,
 voltige, ...

A chacun le chemin qui lui convient et qui lui permettra de savourer les joies associées à son type de pratique.


De plus, le renouvellement des émotions est constant, car un vol est toujours une expérience nouvelle :
l'aérologie, le contexte, la présence des amis ou pilotes de rencontre, sont autant de facteurs qui évoluent et se renouvellent et
 qui font de chaque vol un projet neuf à vivre.
 Des amis non pilotes me demandent souvent si je ne trouve pas monotone de faire ce qu'ils appellent "toujours les mêmes vols".

 Je crois qu'ils n'ont pas vraiment compris la nature profonde de notre passion.

Autant demander à un marin si la mer est monotone et toujours la même !



Pour répondre à la question que je posais au début de cet article : "que dire à mes amis pour leur communiquer les raisons de ma joie?",

 cela dépendra de ceux avec lesquels j'aurai à communiquer. Je dirai sans doute à ceux qui ne sont pas pilotes combien la vue sur le lac était superbe et la lumière magnifique.
A mes amis pilotes, je sais que je pourrai utiliser un jargon technique hermétique pour les autres : force des ascendances, vitesse de montée, son du vario, transition, barbules, turbulences, comportement de la voile, etc.


Chacun de ces deux discours contient une parcelle de vérité et éclaire la réalité selon un aspect particulier.


Mais il est possible également de trouver des phrases plus courtes qui synthétisent notre passion et qui laissent les portes ouvertes à de multiples interprétations possibles. Je vous propose par exemple celle-ci : "On est si bien là-haut ....".


De : Marc Lassalle

Du 31/03/2003

http://www.experience-parapente.com/cadre.php?contenu=http://www.experience-parapente.com/recits/recit.php?id=1




 





Par Juliette - Publié dans : découverte vol à voile - Communauté : Loisirs & Passions
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 10:22

Comment volent les avions

Une Description Physique de la Portance ©

par David Anderson et Scott Eberhardt

Traduction de Philippe Marbaise

trouvé sur le site: http://pierre.rondel.free.fr/portance.htm


link


Bonjour! j'ai trouvé intéressant cette discussion sur les explications de comment vole un planeur, je n'ai pas encore le temps de vous rapatrier les photos, mais ça viendra... en attendant pour les courageux de lire ces lignes passionnante mais toute de même plutôt physiques:






Presque tout le monde aujourd'hui a déjà pris l'avion. Beaucoup posent la simple question "Qu'est-ce qui permet à l'avion de voler"? La réponse qu'ils reçoivent le plus fréquemment est déroutante quand elle n'est pas carrément erronée. Nous espérons que les réponses fournies ici corrigeront beaucoup d'idées fausses à propos de la portance et que vous adopterez notre explication quand vous devrez l'expliquer à d'autres. Nous allons vous montrer qu'il est plus facile de comprendre la portance quand on démarre avec Newton plutôt qu'avec Bernoulli. Nous allons aussi vous montrer que l'explication la plus populaire que la plupart d'entre nous ont appris, est déroutante au possible et que la portance est due au fait que l'aile dévie l'air vers le bas.



Commençons par définir les trois descriptions de la portance les plus utilisées dans les livres et les manuels. La première consiste en ce que nous appellerons la Description Aérodynamique Mathématique utilisée par les ingénieurs en aéronautique. Cette description utilise des opérations complexes et/ou des simulations par ordinateur pour calculer la portance générée par une aile. Il s'agit d'outils de conception efficace lorsqu'il s'agit de calculer la portance mais qui ne permettent pas d'avoir une compréhension intuitive du vol.



La seconde description, que nous appellerons la
Description Populaire, s'appuie sur le principe de Bernoulli. Le premier avantage de cette description est qu'elle est facile a comprendre et qu'elle a été enseignée pendant des années. A cause de sa simplicité, elle est utilisée pour décrire la portance dans la plupart des manuels. Son principal désavantage est qu'elle repose sur le "principe des temps de transitions égaux" qui est fausse. Cette description se concentre sur la forme de l'aile et empêche la compréhension d'important phénomènes tel que le vol inversé, la puissance, l'effet de sol et la dépendance de la portance avec l'angle d'incidence de l'aile.



La troisième définition que nous défendons ici, nous l'appelons la
Description Physique de la portance. Cette description est basée principalement sur les lois de Newton. La description physique est utile pour comprendre le vol, et est accessible à tous ceux qui veulent en savoir plus. Un peu de mathématique est nécessaire pour effectuer une estimation des associés au vol. Cette description apporte une compréhension claire et intuitive de phénomènes tel que la courbe de puissance, l'effet de sol, et les décrochages à haute vitesse. Cependant, contrairement à la description aérodynamique mathématique, la description physique ne donne pas des possibilités de conception ou de simulation.




La description populaire de la portance


On enseigne aux étudiants en Physique et en Aérodynamique qu'un avion vole par application du principe de Bernoulli, qui dit que si la vitesse de l'air augmente la pression diminue. Donc une aile génère de la portance parce que l'air se déplace plus vite sur le dessus créant ainsi une zone de basse pression, et donc de la portance. Cette explication satisfait généralement les curieux et peu sont ceux qui osent remettre ces conclusions en question. Certains se demandent pourquoi l'air se déplace plus vite sur le dessus de l'aile et c'est à ce moment que l'explication populaire se démonte.


Afin d'expliquer pourquoi l'air se déplace plus vite sur l'extrados de l'aile, nombreux sont ceux qui s'appuient sur l'argument géométrique qui veut que la distance que l'air doit parcourir est directement liée à sa vitesse. L'argument habituel étant que quand l'air se sépare au bord d'attaque, la partie qui passe par l'extrados doit correspondre avec la partie qui parcoure l'intrados. C'est le fameux "principe des temps de transition égaux".

Comme argumenté par Gail Craig (Stop Abusing Bernoulli! How Airplanes Really Fly, Regenerative Press, Anderson, Indiana, 1997), supposons que cet hypothèse soit vraie. La vitesse moyenne de l'air sur et sous l'aile peut aisément être déterminée parce que nous pouvons mesurer les distances, donc calculer les vitesses. Du théorème de Bernoulli, nous pouvons déterminer les forces de pression et donc la portance. Si nous effectuons un calcul simple, nous trouvons que pour générer la portance nécessaire pour un petit avion normal, la longueur de l'extrados devrait être 50% plus longue que la longueur de l'intrados. La Figure 1 montre à quoi ressemblerai le profil de l'aile dans ce cas. Maintenant, imaginez ce à quoi une aile de Boeing 747 devrait ressembler!




Fig. 1 Forme de l'aile tel que définie par le principe des temps de transitions égaux



Si on considère l'aile d'un petit avion standard, dont la surface supérieure n'est plus longue que de 1.5 à 2.5% par rapport à sa surface inférieure, nous découvrons qu'un Cessna 172 devrait voler à plus de 600 km/h pour générer suffisamment de portance. Il est évident que quelque chose dans cette description de la portance ne vas pas.

Mais, qui a dit qu'il fallait que les deux flux d'air devait absolument se rejoindre au bord de fuite en même temps? La Figure 2 montre le flux d'air sur une aile dans une soufflerie simulée. Dans la simulation, de la fumée colorée est introduite régulièrement. On remarque que l'air passant sur l'extrados arrive bien avant celui qui passe en dessous de l'aile. En fait, une inspection minutieuse montre que l'air passant sous l'aile est ralenti du "courant libre" de l'air. C'en est trop pour le principe des temps de transition égaux.





Fig. 2 Simulation du flux d'air sur une aile en soufflerie, avec "fumée" colorée
pour montrer l'accélération et la décélération de l'air.



L'explication populaire implique aussi l'impossibilité du vol inversé. Elle s'applique encore moins aux avions de voltige avec des ailes à profil symétrique (La surface supérieure et inférieure ont la même longueur), ou comment une aile réagi pendant les grands changements de charge tel qu'un piqué ou pendant un virage serré.

Alors, pourquoi l'explication populaire a-t-elle prévalu pendant si longtemps? Une réponse est que le principe de Bernoulli est facile a comprendre. Il n'y a rien de faux dans le principe de Bernoulli en ce qui concerne le fait que l'air se déplace plus vite sur le dessus de l'aile. Mais, comme le suggère l'explication précédente, notre compréhension ne peut être complète avec cette explication. Le problème est qu'il nous manque un élément vital quand nous appliquons le principe de Bernoulli. Nous pouvons calculer la pression autour de l'aile si nous connaissons la vitesse de l'air au dessus et en dessous de l'aile, mais comment déterminer la vitesse?

Un autre raccourci de l'explication populaire est que la notion de travail est ignorée. La portance réclame de la puissance (qui est un certain montant de travail par unité de temps). Comme nous le verrons plus tard, la compréhension de la puissance est la clé qui permet de comprendre beaucoup des phénomènes intéressants de la portance.






Les Lois de Newton et la Portance


Alors, comment une aile génère-t-elle de la portance? Pour commencer à comprendre la portance, nous devons retourner dans nos cours de physique du collège et réviser les première et troisième lois de Newton.(Nous introduirons la deuxième loi un petit peu plus tard). La première loi de Newton stipule qu'un corps au repos reste au repos, et qu'un corps en mouvement continue en suivant un mouvement rectiligne à moins qu'il soit soumis à l'application d'une force extérieure. Cela signifie que si l'on observe une déviation dans le flux de l'air, ou que si l'air à l'origine au repos est accéléré en mouvement, une force y a donc été imprimée. La troisième loi de Newton stipule que pour chaque action il existe une réaction opposée de force égale. Par exemple, un objet qui repose sur une table exerce une force sur cette table (son poids) et la table applique une force égale et opposée sur l'objet qu'elle soutient. De façon à générer de la portance, l'aile doit faire quelque chose à l'air. Ce que fait l'aile sur l'air est l'action tandis que la portance est la réaction.



Comparons les deux Figures utilisée pour montrer les flux d'air (ligne de courants) autour d'une aile. Sur la Figure 3 l'air arrive en ligne droite sur l'aile, la contourne, et continue en ligne droite derrière l'aile. Nous avons tous déjà vu des images similaires, et ce même dans des manuels de vol. Mais, l'air quitte l'aile dans le même état qu'il était à l'avant de l'aile. Il n'y a donc pas d'action nette sur l'air donc il ne peut y avoir de portance! La figure 4 montre les ligne de flux comme elle devrait être dessinée. L'air passe au dessus de l'aile et est dévié vers le bas. La déviation de l'air est l'action. La réaction est la portance de l'aile.




Fig. 3 Illustration commune du flux d'air autour d'une aile.
Cette aile ne porte pas.





Fig. 4 Véritable flux d'air autour d'une aile générant
de la portance, montrant le flux montant et le flux descendant.



L'aile en tant que pompe


Comme le suggère les lois de Newton, l'aile doit modifier quelque chose dans l'air pour obtenir de la portance. Des modifications du moment de l'air résultera des forces sur l'aile. Pour générer de la portance, l'aile doit dévié de l'air vers le bas, beaucoup d'air.

La portance d'une aile est égale à la modification du moment de l'air qu'elle dévie vers le bas. Le moment est le produit de la masse par la vitesse. La portance d'une aile est donc proportionnelle à la quantité d'air dévié vers le bas multipliée par la vitesse verticale de cet air. C'est aussi simple que cela. (Ici nous avons utilisé une version dérivée de la seconde loi de Newton qui lie l'accélération d'un objet à sa masse ainsi qu'à la force qui y est appliquée, F=m.a) Pour obtenir plus de portance, l'aile peut soit dévier plus d'air (masse) ou augmenter la vitesse verticale de cet air. Cette vitesse verticale derrière l'aile est appelée " flux descendant ". La figure 5 montre comment le flux descendant apparaît du point de vue du pilote.(ou dans une soufflerie) la figure montre aussi comment le flux descendant pourrait être visualisé par un observateur au sol qui regarde l'aile avancer. Pour le pilote, l'air quitte l'aile en suivant en gros son angle d'attaque. Pour l'observateur au sol, s'il était capable de voir l'air, l'air semblerai quitter l'aile presque verticalement. Plus l'angle d'attaque augmente, plus la vitesse verticale est élevée. De même, si pour le même angle d'attaque la vitesse de l'aile augmente, la vitesse verticale est aussi augmentée. Ainsi schématiquement, aussi bien l'augmentation de vitesse que l'augmentation de l'angle d'attaque participent à l'allongement de la flèche représentant la vitesse verticale. C'est cette vitesse verticale qui donne à l'aile sa portance.

 


Fig. 5 Comment le flux descendant apparaît au pilote et à l'observateur au sol.



Comme établi précédemment, un observateur au sol verrait l'air descendre derrière l'avion. Cela peut être aisément démontré en observant l'étroite colonne d'air formée derrière une hélice, un ventilateur domestique ou sous le rotor d'un hélicoptère, qui ne sont rien d'autres que des ailes en rotation. Si l'air sortait des pales avec un certain angle, l'air en mouvement aurait la forme d'un cône plutôt qu'une étroite colonne. Si l'avion venait à survoler une balance géante, la balance enregistrerait le poids de l'avion.

 
Effet du vent généré par un rotor.

Si nous estimons la moyenne de la composante verticale du flux descendant pour un Cessna 172 qui se déplace à 110 noeuds comme étant égale à plus ou moins 9 noeuds, alors pour générer les 1000 kg de portance nécessaire l'aile devrait pomper un paquet de 2.5 tonnes d'air à chaque seconde! En fait, comme nous en parlerons plus tard, cette estimation s'avérera trop faible selon un facteur de deux. La quantité d'air dévié vers le bas par un Boeing 747 pour générer assez de portance pour son poids au décollage de 362000 kg est réellement incroyable.

Pomper ou dévier autant d'air vers le bas est un argument fort contre une portance résultant seulement d'un effet de surface comme sous-entendu par l'explication populaire. En fait, afin de pouvoir dévier 2,5 tonnes /sec, l'aile du Cessna 172 doit accélérer l'air compris au dessus de l'aile jusqu'à 2m75 de celle-ci. (L'air pèse +/- 1 kg par mètre carré au niveau de la mer) La Figure 6 illustre l'effet de la déviation de l'air vers le bas exercé par une aile. Un trou béant est embouti dans le brouillard par le flux descendant généré par l'avion qui le survole.

 




Fig. 6 Flux descendant et vortex de l'aile dans le brouillard
(Photographe Paul Bowen, courtoisie de Cessna Aircraft Co.)


Mais comment une aile aussi fine peut-elle dévier autant d'air ? Quand l'air contourne le sommet de l'aile, il tire sur l'air se situant au dessus de lui et accélère cet air vers le bas, sinon il y aurait des vides au dessus de l'aile. L'air est tiré d'en haut pour éviter les vides. Cette traction entraîne la diminution de la pression au dessus de l'aile. C'est l'accélération de l'air au dessus de l'aile en direction du flux descendant qui génère la portance. (Pourquoi l'aile dévie l'air avec assez de force sera discuté dans la prochaine section).



Comme nous avons vu sur la Figure 4, une complication dans l'image de l'aile est l'effet de " flux montant " au bord d'attaque de l'aile. Comme l'aile se déplace, l'air est non seulement dévié vers le bas à l'arrière de l'aile mais est aussi attiré vers le haut au bord d'attaque. Ce flux montant contribue à une portance négative et plus d'air doit être dévié vers le bas pour compenser. Nous aborderons ce point à nouveau lorsque nous considérerons l'effet de sol.

Normalement, si on regarde l'air s'écouler sur l'aile dans le cadre de référence de l'aile. En d'autres mots comme le pilote, l'air se déplace et l'aile est fixe. Nous avons déjà établi que pour un observateur au sol l'air semble sortir de l'aile presque verticalement. Mais que fait l'air au dessus et en dessous de cette aile? La Figure 7 montre un instantané des mouvement des molécules d'air au moment ou l'aile passe. Rappelez vous que c'est l'air qui était au repos au départ et que c'est l'aile qui se déplace. En avant du bord d'attaque, l'air se déplace vers le haut (flux montant). Au bord de fuite, l'air est dévié vers le bas(flux descendant). Au dessus de l'aile, l'air est accéléré vers le bord de fuite. En dessous, l'air est à peine accéléré vers l'avant voire pas du tout.




Fig. 7 Direction des déplacement d'air autour d'une aile du point de vue d'un observateur au sol.


Dans la description aérodynamique mathématique de la portance cette rotation de l'air autour de l'aile donne naissance au modèle dit du "vortex intégré " ou de " circulation ". Les origines de ce modèle, et les opérations mathématique complexes qui y sont associées, conduisent à une compréhension immédiate des forces agissant sur une aile. Cependant, les mathématiques employées exigent des étudiants en aérodynamique un certain temps avant d'être maîtrisées.


Ce que nous observons à partir de la figure 7 est que la surface supérieure de l'aile fait beaucoup plus pour déplacer l'air que l'inférieure. La surface supérieure est donc la surface la plus critique. Ainsi, les avions peuvent transporter des charges extérieures, telles que des réservoir largable, sous les ailes mais pas au dessus car elle interféreraient avec la portance. C'est aussi pour cela que les haubans en dessous des ailes sont courantes alors que les haubans au dessus de l'aile ont été si rare dans le passé. Un hauban, ou n'importe quelle obstruction, sur le sommet de l'aile interférerait avec la portance.




L'emport de charge sous voilure interfère moins avec la portance.



L'air a une viscosité

La question évidente est " comment l'aile dévie l'air vers le bas ? ". Quand un fluide en mouvement, tel que l'air ou l'eau, entre en contact avec une surface courbe il aura tendance à suivre cette surface. Pour démontrer cet effet, tenons un verre d'eau horizontalement en dessous d'un robinet de telle façon qu'un mince filet d'eau touche juste le côté du verre. Au lieu de continuer de couler vers le bas, la présence du verre conduit l'eau à s'enrouler autour du verre comme illustré par la figure 8. Cette tendance des fluides à suivre une surface courbe est connu comme étant l'effet Coanda. De la première loi de Newton nous savons que pour que le fluide s'enroule il doit y avoir une force qui agit dessus. De la troisième loi de Newton, nous savons que le fluide doit exercer une force égale et opposée sur l'objet qui cause la déviation du fluide.



Fig. 8 L'effet Coanda

Pourquoi un fluide devrait-il suivre une surface courbe ? La réponse est la viscosité : la résistance à l'avancement qui donne à l'air une sorte d' " adhérence ". La viscosité de l'air est très faible mais est suffisante pour que les molécules d'air se collent à la surface. La vitesse relative entre la surface et les molécules d'air les plus proche est absolument nulle.( C'est pour cette raison que la poussière reste sur les voitures et pourquoi il y a de la poussière sur l'arrière des pales d'un ventilateurs dans une soufflerie.) Un peu au dessus de la surface, le fluide a un peu de vitesse. Plus on s'éloigne de la surface, plus la vitesse du fluide s'élève jusqu'à atteindre la vitesse du flux extérieur.



La portance comme fonction de l'angle d'attaque


Il y a beaucoup de type d'aile : conventionnelle, symétrique, conventionnelle en vol inversé, les ailes des premiers biplans qui ressemblent à des plaques tordues, et même la très connue "porte de grange". Dans tous les cas, l'aile dévie l'air vers le bas ou plus exactement tire l'air du dessus vers le bas. Ce que toutes les ailes ont en commun est leur angle d'attaque par rapport à l'air qu'elles traversent. C'est cet angle d'attaque qui est le premier paramètre déterminant de la portance. La portance d'une aile inversée peut être expliquée grâce à son angle d'attaque, et ce malgré l'apparente contradiction avec l'explication populaire s'appuyant sur le principe de Bernoulli. Le pilote ajuste l'angle d'attaque pour ajuster la portance à la vitesse et à la charge. L'explication populaire de la portance qui se concentre sur la forme de l'aile ne donne au pilote que la possibilité d'adapter la vitesse.

Pour mieux comprendre le rôle de l'angle d'attaque il est utile d'introduire un " véritable " angle d'attaque, définit de telle façon que l'angle de l'aile par rapport à l'axe du vent donnant une portance nulle soit définit comme étant zéro degrés. Si on change l'angle d'attaque aussi bien vers le haut ou vers le bas, on remarque que la portance est proportionnelle à cet angle. La Figure 9 montre le coefficient de portance (portance normalisée à la taille de l'aile) pour une aile standard en fonction de l'angle d'attaque effectif. Une relation similaire entre portance et angle d'attaque peut être trouvée pour toute les ailes, indépendamment de leur conception. C'est aussi vrai pour une aile de 747 que pour une porte de grange. Le rôle de l'angle d'attaque est plus important que les détails de la forme du profil dans la compréhension de la portance.




Fig. 9 Coefficient de portance en fonction de l'angle d'attaque effectif.


Généralement, la portance commence à décroître à partir d'un angle d'attaque de 15 degrés. Les forces nécessaires pour dévier l'air à un angle aussi grand sont plus grandes que ce que la viscosité de l'air peut supporter, et l'air commence à se séparer de l'aile . Cette séparation du flux d'air du dessus de l'aile est un décrochage.


L'aile comme une " écope " à air


Nous voudrions introduire une nouvelle image mentale de l'aile. Nous sommes habitués à imaginer l'aile comme une fine lame qui découpe l'air et développe de la portance comme par magie. La nouvelle image que nous voudrions vous faire adopter est celle d'une aile comme une écope déviant une certaine quantité d'aile de l'horizontale à plus ou moins l'angle d'attaque , comme montrer à la figure 10. Cette écope peut être décrite comme une structure invisible montée sur l'aile à la fabrication. La longueur de cette écope est égale à la longueur de l'aile et sa hauteur plus ou moins égale à la corde de l'aile (distance du bord d'attaque au bord de fuite de l'aile). La quantité d'air interceptée par cette écope est proportionnelle à la vitesse de l'avion et à la densité de l'air, et rien d'autre.



Fig. 10 L'aile en tant qu'écope.


Comme établi précédemment, la portance d'une aile est proportionnelle à la quantité d'air déviée vers le bas multiplié par la vitesse verticale de cet air. Si l'avion augmente sa vitesse, l'écope dévie plus d'air. Tant que la charge sur l'aile, c'est-à-dire le poids de l'avion, n'augmente pas la vitesse verticale de l'air dévié doit être diminuée proportionnellement. Ainsi, l'angle d'attaque est diminué pour maintenir une portance constante. Quand l'avion prend de l'altitude, l'air devient moins dense et l'écope dévie moins d'air pour une vitesse identique. Donc pour compenser l'angle d'attaque doit être augmenter. Les principes de cette section vont être utilisés pour comprendre la portance d'une manière non réalisable avec l'explication populaire.



La portance à besoin de puissance


Quand un avion passe au travers d'un air précédemment calme il se retrouve avec une vitesse verticale négative. Ainsi, l'air se trouve en mouvement après le passage de l'avion. L'air a donc reçu de l'énergie. La puissance est de l'énergie, ou travail par unité de temps. Donc la portance doit avoir besoin de puissance. Cette puissance est fournie par le moteur de l'avion ( ou par la gravité et les thermiques pour un planeur ).


Combien de puissance avons nous besoin pour voler ? La puissance nécessaire pour la portance est le travail ( énergie ) par unité de temps et est proportionnel à la quantité d'air dévié vers le bas multipliée par la vitesse de cet air dévié au carré. Nous avons déjà établi que la portance d'une aile est proportionnelle à la quantité d'air dévié vers le bas multiplié par la vitesse verticale de cet air. Ainsi, la puissance nécessaire pour porter l'avion est proportionnelle à la charge (ou poids ) multipliée par la vitesse verticale de l'air. Si la vitesse de l'avion est doublée, la quantité d'air déviée vers le bas double. L'angle d'attaque doit alors être diminué pour obtenir une vitesse verticale équivalent à la moitié de l'angle original pour obtenir la même portance. La puissance nécessaire pour la portance a été divisée par deux. Cela montre que la puissance nécessaire à la portance diminue quand la vitesse de l'avion augmente. En fait, nous avons montré que la puissance nécessaire pour créer la portance est proportionnelle à un divisé par la vitesse de l'avion.


Cependant, nous savons tous que pour aller plus vite (en vitesse) nous devons appliquer plus de puissance. Donc il doit y avoir plus à alimenter que la puissance nécessaire à la portance. La puissance associée à la portance, comme décrit précédemment, est souvent appelé la puissance " induite ". La puissance est aussi nécessaire pour contrecarré ce que nous appelons la traînée " parasite ", qui est la traînée associée au déplacement des roues, haubans, antennes, etc... dans l'air. L'énergie que l'avion transmet à une molécule d'air à l'impact est proportionnelle à la vitesse au carré. Le nombre de molécules atteinte en une fois est proportionnelle à la vitesse. Ainsi la puissance parasite nécessaire pour vaincre la traînée parasite augmente avec la vitesse au cube.

La Figure 11 montre la courbe de puissance induite, de puissance parasite et le total de puissance qui est la somme de la puissance induite avec la puissance parasite. De nouveau, la puissance induite est égale à un sur la vitesse et la puissance parasite est égale à un sur la vitesse au cube. A basse vitesse, les besoins en énergie nécessaire au vol sont dominés par la puissance induite. Plus lent est le vol, plus faible est la quantité d'air dévié et donc plus l'angle d'attaque doit être augmenté pour maintenir la portance. Les pilotes pratique le vol sur " l'arrière de la courbe de puissance ", de fait, ils reconnaissent que l'angle d'attaque et la puissance nécessaire pour rester en l'air à basse vitesse est considérable.




Fig. 11 Besoin en puissance par rapport à la vitesse.


En vitesse de croisière, les besoins en puissance sont dominés par la puissance parasite. Comme cela évolue à la vitesse au cube une augmentation de la taille du moteur permettra un taux de montée plus rapide mais n'améliorera que peu la vitesse de croisière de l'avion.

Depuis que nous savons comment les besoins en puissance varie avec la vitesse, nous pouvons comprendre la traînée, qui est une force. La traînée est simplement de la puissance divisée par la vitesse.


La Figure 12 montre la puissance induite, parasite et totale en fonction de la vitesse. Ici la traînée induite varie selon un sur la vitesse au carré et la traînée parasite comme la vitesse au carré. En regardant ces courbes, on peut déduire certaines choses à propos de comment les avions sont conçus. Les aéroplanes plus lent, comme les planeurs, sont conçus pour diminuer la traînée induite (ou puissance induite), qui domine à basse vitesse. Les aéroplanes plus rapides sont plus concernés par la traînée parasite (ou puissance parasite).




Fig.12 La traînée en fonction de la vitesse.


L'efficacité de l'aile.


En vol de croisière, une quantité non négligeable de la traînée d'une aile moderne est de la traînée induite. La traînée parasite d'une aile de Boeing 747, qui domine en vol de croisière, est seulement égale à celle d'un câble de 1 cm de diamètre de la même longueur. Nous pouvons nous demander ce qui affecte l'efficacité d'une aile. Si la longueur de l'aile venait à être doublée, la taille de notre écope doublerais aussi, déviant deux fois plus d'air. Donc, pour la même portance, la vitesse verticale (et donc l'angle d'attaque) devrait être réduit de moitié. Donc l'efficacité de la portance est proportionnelle à un sur la longueur de l'aile. Plus l'aile est longue, moins nous avons besoin de puissance induite pour produire la même portance, malgré que cela soit obtenu avec une augmentation de la traînée parasite. Les aéroplanes lents sont plus affectés par la traînée induite que les aéroplanes rapides et donc dispose de plus longue ailes. C'est pourquoi les planeurs, qui évoluent à basse vitesse, ont de si longues ailes. Les chasseurs supersoniques, d'un autre côté, subissent les effets de la traînée parasite plus que nos avions d'entraînements lents. De ce fait, les aéroplanes rapides ont des ailes plus courtes pour diminuer la traînée parasite.


Une fausse croyance soutenues par certains dit que la portance n'a pas besoin de puissance. Cela vient de l'aéronautique dans les études sur la théorie des tronçons d'ailes idéaux (profils). Quand on parle d'un profil, c'est dans le cas d'une aile avec une envergure infinie. Comme nous avons vu que la puissance nécessaire à la portance est proportionnelle à un sur la longueur de l'aile, une aile de longueur infinie n'a pas besoin de puissance pour porté. Si la portance n'avait pas besoin d'énergie, les avions auraient la même portée à plein comme à vide. De plus, les hélices (qui ne sont que des ailes rotatives) n'auraient besoin d'aucune énergie pour fournir la traction. Malheureusement, nous vivons dans le monde réel où aussi bien la portance que la propulsion demande de la puissance.


Puissance et charge alaire.


Considérons maintenant la relation entre charge alaire et puissance. Avons nous besoin de plus de puissance pour transporter plus de passager et de cargo? Et, est-ce que la charge affecte la vitesse de décrochage ? A vitesse constante, si la charge alaire augmente, la vitesse verticale doit être augmentée pour compenser. Cela est fait par l'augmentation de l'angle d'attaque. Si le poids totale l'avion était doublé (disons dans un virage sous 2-g) la vitesse verticale de l'air est doublée pour compenser l'augmentation de la charge alaire. La puissance induite est proportionnelle à la charge multipliée par la vitesse verticale de l'air dévié, qui ont tous deux doublés. Ainsi, la puissance induite nécessaire à été augmentée par un facteur de quatre ! La même chose serait vraie si le poids de l'avion était doublé par l'ajout de carburant, etc...


Une façon de mesurer la puissance totale est de regarder le taux de consommation de carburant. La Figure 13 montre la consommation en carburant par rapport au poids total pour un gros avion de transport se déplaçant à vitesse constante( obtenue à partir de donnée récente). Comme la vitesse est constante, la modification de la consommation est due à la modification de la puissance induite. Les données sont affecté d'une constante (puissance parasite) et par un terme qui évolue en suivant le carré de la charge. Ce second terme est juste ce que nous avons prédit dans notre discussion Newtonienne à propos de l'effet de la charge sur la puissance induite.

 

Fig. 13 Consommation de carburant par rapport à la charge pour un gros avion de transport évoluant à vitesse constante.


L'augmentation de l'angle d'attaque lorsqu'il y a augmentation de la charge à une conséquence autre que juste le besoin de plus de puissance. Comme illustré par la Figure 9, une aile pourra décrocher quand l'air ne pourra plus suivre la surface supérieure, c'est-à-dire, lorsque l'angle d'attaque critique sera atteint. La figure 14 montre l'angle d'attaque auquel une aile décroche en fonction de la vitesse pour une charge fixe lors d'un virage à 2-g. L'angle d'attaque auquel l'avion décroche est constant et ne dépend pas de la charge de l'aile. La vitesse de décrochage augmente comme la racine carrée de la charge. Ainsi augmenter la charge dans un virage à 2-g augmente la vitesse à laquelle l'avion décrochera de presque 40%. Une augmentation d'altitude augmentera encore plus l'angle d'attaque lors d'un virage à 2-g. C'est pourquoi les pilotes s'entraînent au " décrochage accéléré " qui démontre qu'un avion peu décrocher à n'importe quelle vitesse. Quelque soit la vitesse il y a une charge qui pourra conduire à un décrochage.

 


Fig. 14 Angle d'attaque par rapport à la vitesse pour un niveau de vol constant dans un virage à 2-g.



Les vortex d'ailes


Certains peuvent se demander à quoi peut bien ressemble le flux descendant d'une aile. Le flux descendant " sort " de l'aile comme une feuille et sa forme est liée à la distribution de la charge sur l'aile. la Figure 15 illustre, via la condensation, la distribution de portance d'un avion pendant une manoeuvre à haut facteur de charge. De l'illustration, nous pouvons voir que la distribution de portance évolue de l'emplanture de l'aile jusqu'au saumon. Ainsi, la quantité d'air dans le flux descendant doit aussi évoluer le long de l'aile. La portion d'aile située près de l'emplanture " écope " plus d'air que celle située à l'extrémité. Comme l'emplanture dévie autant d'air, l'effet évident est que la feuille de flux descendant va commencer à s'enrouler vers l'extérieur autour d'elle même, tout comme l'air s'enroule autour du sommet de l'aile à cause du changement de vitesse de l'air . C'est le vortex de l'aile. L'étroitesse de l'enroulement du vortex de l'aile est proportionnel au taux de modification de la portance le long de l'aile. A l'extrémité de l'aile la portance devient rapidement nulle causant l'enroulement le plus étroit. C'est le vortex d'extrémité d'aile qui est juste une petite partie (la plupart du temps visible) du vortex de l'aile. Revenons à la Figure 6, nous pouvons remarquer clairement le développement des vortex d'ailes ainsi que les vortex d'extrémités.

 
Fig.15 Condensation montrant la distribution de portance le long d'une aile. Les vortex d'aile sont aussi visible.
(extrait de Patterns in de Sky, J .F. Campbell et J.R. Chanbers, NASA SP-514.)


Les Winglets (ces petites extension verticales à l'extrémité de certaines ailes) sont utilisés pour améliorer l'efficacité d'une aile en augmentant la longueur effective de l'aile . La portance sur une aile normale doit atteindre zéro à l'extrémité parce que le dessous et le dessus se rejoignent autour du bout. Les winglets empêchent cette communication de telle façon que la portance peut s'étendre plus loin sur l'aile. Comme l'efficacité d'une aile augmente avec sa longueur, cela contribue à augmenter l'efficacité. Le piège est que la conception de winglets est difficile et qu'il peuvent faire plus de mal que de bien lorsqu'ils ne sont pas bien conçus.


L'effet de sol.


Un autre phénomène commun mal compris est l'effet de sol. Il s'agit de l'augmentation de l'efficacité d'une aile quand elle vole à une altitude inférieure à la longueur de sa corde par rapport au sol. Un avion à aile basse va subir une diminution de traînée de 50% juste avant de toucher le sol. Il y a un certain nombre de confusion à propos de l'effet de sol. Beaucoup de pilotes ( et l'Exam-O-Gram n°47 de la FAA VFR) croient à tort que l'effet de sol résulte de la compression de l'air entre l'aile et le sol.

Pour comprendre l'effet de sol il est nécessaire d'avoir bien compris ce qu'est le flux montant. Pour les pressions concernées par le vol à basse vitesse, l'air est considéré comme incompressible. Quand l'air est accéléré au dessus de l'aile et dévié vers le bas, il doit être remplacé. Donc une certaine quantité d'air doit se déplacer autour de l'aile (en dessous et vers l'avant puis vers le haut) pour compenser, de la même façon que l'eau autour d'une pagaïe de canoe quand on rame. C'est ce qui est la cause du flux montant.


Comme établi précédemment, le flux montant accélère l'air dans le mauvais sens pour la portance. Donc une plus grande quantité de flux descendant est nécessaire pour compenser le flux montant en même temps qu'il produit la portance nécessaire. Ainsi plus de travail est fait et donc plus d'énergie est nécessaire. Près du sol, le flux montant est réduit car le sol atténue la circulation de l'air autour de l'aile. Donc moins de flux descendant est nécessaire pour fournir la portance. L'angle d'attaque est réduit et donc la puissance induite, rendant l'aile plus efficace.

Précédemment, nous avions estimé qu'un Cessna volant à 200 km/h noeuds doit dévié à peu près 2.5 tonnes d'air par seconde pour obtenir sa portance. Dans nos calculs, nous avions négligé le flux montant. De l'importance de l'effet de sol, il est clair que la quantité d'air est probablement plus proche de 5 tonnes d'air dévié par seconde.


Conclusions.


Révisons ce que nous avons appris et faisons nous une idée de comment la description physique nous a donné une plus grande capacité à comprendre le vol. D'abord, ce que nous avons appris :

La quantité d'air dévié par l'aile est proportionnelle à la vitesse et à la densité de l'air.

La vitesse verticale de l'air dévié est proportionnelle à la vitesse de l'aile et à l'angle d'attaque.

La portance est proportionnelle à la quantité d'air dévié multiplié par la vitesse verticale de cet air.

La puissance nécessaire pour la portance est proportionnelle à la portance multipliée par la vitesse verticale de l'air.

Examinons maintenant certaines situations du point de vue physique et du contexte de l'explication populaire.

La vitesse de l'avion est réduite. La vue physique dit que la quantité d'air dévié est diminuée donc l'angle d'attaque doit être augmenter pour compenser. La puissance nécessaire à la portance a aussi augmenté.

L'explication populaire ne peut justifié cela.

La charge de l'avion est augmentée. La vue physique dit que la quantité d'air déviée est la même mais l'angle d'attaque doit être augmenter pour obtenir la portance supplémentaire. La puissance nécessaire pour la portance a aussi augmenté.

De nouveau, l'explication populaire ne peut le justifier.

Un avion vole sur le dos. L'explication physique n'a pas de problème avec cela. l'avion ajuste son angle d'attaque pour obtenir la portance nécessaire. L'explication populaire implique que le vol inversé est impossible.

Comme nous pouvons le voir, l'explication populaire, qui se concentre sur la forme de l'aile, peut contenter certains mais ne fourni pas les outils pour réellement comprendre le vol. La description physique de la portance est simple à comprendre et est beaucoup plus efficace.


David Anderson
Fermi National Accelerator Laboratory
Batavia IL 60510
dfa@fnal.gov
  Scott Eberhardt
Dept. of Aeronautics and Astronautics 
University of Washington 
Seattle WA 91895-2400 
scott@aa.washington.edu
Scott's Home Page 

Le texte original en anglais de cet article est disponible sur le site de Scott Eberhardt à l'adresse suivante : http://www.aa.washington.edu/faculty/eberhardt/lift.htm

 

Sommaire
Pourquoi les avions volent ?
Le fonctionnement d'un moteur à réaction
L'invention du zéro a-t-elle révolutionné le calcul ?
D'où vient l'arc-en-ciel ?

la démarche scientifique se veut un modèle de rigueur. Cependant, il est curieux de constater que beaucoup d'erreurs sont propagées par les livres et par l'enseignement de générations en générations sans jamais être remises en cause. En espérant qu'Internet réussisse la où Gutenberg a échoué, je commence donc une croisade contre les fausses idées reçues

Cet exercice est dangereux, toute remise en cause ne pouvant pas ne pas provoquer de réactions. Il faut donc écrire ici si je me trompe. Vous pouvez aussi m'envoyer vos exemples.

Dans les quatre exemples qui suivent, il est très exceptionnel de trouver la bonne explication.

Pourquoi les avions volent ?

L'explication habituelle semble solide. On la trouve dans tous les livres pour débutants ou physiciens confirmés. C'est la fameuse loi de Bernoulli : la pression de l'air diminue quand sa vitesse augmente. Les filets d'air ont plus de distance à parcourir sur le dessus de l'aile donc vont plus vite, d'où la dépression etc... Un jeune agrégé de Physique la présentait ainsi sur son site Web.

Pour que vous compreniez mieux comment tout cela fonctionne, j'ai dessiné le profil d'une aile d'avion, juste en dessous. On s'aperçoit lorsqu'on étudie la façon qu'a l'air de s'écouler autour de l'aile, qu'il se sépare en deux filets au début de l'aile, puis qu'il se réunit au bout de l'aile. Chacun des deux filets d'air a parcouru son chemin en un même temps. Mais par contre, comme l'aile n'est pas symétrique, l'air passé par au dessus a parcouru un chemin plus long que l'air passé par dessous. Donc l'air passé par au dessus est nécessairement passé plus vite. Donc au dessus de l'aile, la pression de l'air est inférieure à celle qui est en dessous. Donc la force exercée finalement sur l'aile est dirigée vers le haut, c'est ce qu'on appelle la portance. C'est pour ça que les avions peuvent s'envoler : la pression de l'air est plus grande sous leurs ailes qu'au dessus, et donc l'air les soulève.
profil d'aile Voici dessinée l'aile d'avion, et un filet d'air qui lui arrive dessus : il se sépare en deux avant l'aile, et se rejoint après. On voit bien la différence de trajet, qui explique que l'aile ressente une force dirigée vers le haut.

Encore plus incroyable, dans une page spéciale sur le centenaire de l'aviation (17 décembre 2003 page 25), le journaliste Hervé Morin du journal "le Monde" écrit:
article du journal Le Monde Sur l'extrados, les filets d'air ayant plus de distance à parcourir, se déplacent plus vite ce qui se traduit par une dépression -donc une aspiration- sur le dessus de l'aile.

Difficile d'accumuler plus d'erreurs en si peu de lignes!

  • Tout le monde a vu dans les meetings aériens des avions voler sur le dos : très dur avec cette explication!
  • Depuis l'avion des frères Wright jusqu'à nos U.L.M. modernes, les ailes faites avec une simple toile tendue fonctionnent très bien. La différence de trajet de l'air n'est certainement pas l'explication.
  • La plupart des avions de voltige ont des ailes à profil symétrique
  • Les maquettes en balsa ou les avions en papier volent aussi avec des ailes plates. Ennuyeux pour cette théorie.
  • Même sans être un grand physicien, on peut se demander comme le faisait remarquer un de mes lecteurs, pourquoi les filets d'air du dessus accéléreraient pour rejoindre ceux du dessous ?

Les 2 erreurs les plus répandues

La première erreur consiste donc à attribuer la différence de vitesse des filets d'air à la forme de l'aile et d'en déduire ainsi une différence de pression. Il existe bien une différence de vitesse mais elle est due à l'incidence de l'aile pas à la différence de trajet.

Une autre erreur serait de considérer l'air comme un solide et d'attribuer la portance à une réaction au choc des particules. Cette explication ne devient valable que pour des vitesses supersonique. Dans l'intervalle, il faut prendre en compte la viscosité de l'air.

Une explication juste et simple à comprendre

Les phénomènes qui entrent en jeu sont complexes. Une explication simple macroscopique a donc ses limites. Cependant, on peut dire que si l'aile développe une poussée vers le haut, c'est en déviant de l'air vers le bas à cause de son angle d'incidence.
C'est la 3ème loi de Newton : Action = Réaction.
Comme le signale un de mes lecteurs (B.B.), il suffit de passer sa main par la fenêtre d'une voiture roulant à grande vitesse et de l'incliner de différentes façons pour observer cet effet si simple à comprendre...

profil d'une aile d'avion

Cette explication a le mérite de fonctionner avec un avion qui vole sur le dos, avec une aile mince ou plate, etc.. Elle explique aussi comment fonctionnent les hélices d'avions ou les rotors d'hélicoptères. Tout simplement en projetant de l'air dans une direction, on obtient une poussée dans la direction opposée. Il est cependant évident qu'une aile plate est moins performante qu'une aile profilée. On améliore le flux d'air projeté vers le bas grâce à la forme de l'aile. L'air est accéléré au dessus de l'aile par rapport au dessous ce qui accroît l'air dévié vers le bas mais les filets d'air ne se rejoindront jamais comme c'est indiqué sur le dessin ci-après. Ce n'est pas la différence de trajet qui explique la différence de vitesse.

profil d'une aile d'avion

Pour une explication complète, il faut tenir compte de la traînée, du couple piqueur qui explique la présence du stabilisateur à l'arrière des avions et des tourbillons crées au bout des ailes. Pour ceux qui voudraient tout comprendre, il y a un site excellent site externe (en anglais) qui décrit tout cela et dont j'ai extrait le dessin ci-dessus

On peut aussi trouver l'explication correcte, en français  ici site externe. Pour les matheux, il y a une très belle démonstration site externe sur l'effet Magnus (pourquoi la rotation d'une balle de tennis change sa trajectoire) qui montre que comme pour les ailes, c'est la déviation de la circulation de l'air qui produit ces effets.

Et Bernoulli dans tout ça ?

L'équation de Bernoulli qui traduit le principe de la conservation de l'énergie dans les fluides est tout à fait correcte. Si on intègre les pressions autour du profil de l'aile, on retrouvera bien notre portance. Cependant, si elle permet de faire des calculs, elle ne permet pas de comprendre le phénomène et conduit très facilement aux explications erronées que j'indiquais au début de cet article. Une explication à la Newton plus globale permet de mieux comprendre le phénomène. Il existe d'ailleurs le site bien fait de l'université de l'état de Géorgie site externe qui fait une très bonne comparaison entre les deux approches site externe.

Pourquoi l'explication fausse est si répandue ?

Le journaliste du Monde à qui j'ai signalé l'erreur n'a pas cru bon de publier un rectificatif : tant pis pour les lecteurs du Monde. L'agrégé de Physique a bien volontiers reconnu l'erreur, mais continue à enseigner faux comme dans les livres pour que ses élèves soient reçus. Comme pilote, j'ai très souvent lu ou entendu cette fausse explication mais les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés. 100 ans après les débuts de l'aviation, la légende continue. On a l'air sans doute plus intelligent avec une explication fausse à la Bernoulli que correcte à la Newton.

Par Juliette - Publié dans : mécanique - Communauté : aéromodélisme
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 10:24

Aérodynamique
phénomènes remarquables

 
 
 
    Qu'est-ce que le décrochage ?


 On parle par habitude du décrochage d'un avion mais en réalité, le phénomène qui nous intéresse est le décrochage de l'aile. Les filets d'air circulant autour d'une aile en épousent à peu près la forme. Toutefois, si on sollicite trop cette aile en lui demandant plus qu'elle ne peut d'un point de vue aérodynamique l'écoulement de l'air autour du profil va se décoller de l'aile dans sa partie supérieure. Du coup le rendement de l'aile va s'écrouler, sa portance va diminuer brutalement. On dit alors que l'aile a décroché. Lorsque ce phénomène se produit sur un avion en vol, la perte de portance est telle que l'aile n'assurant plus sa fonction sustentatrice, l'avion "tombe" ou du moins continue sur sa trajectoire par inertie mais le poids, qui n'est plus compensé par rien finit par l'emporter! Le cas le plus classique utilisé à titre de démonstration lors de l'apprentissage du pilotage consiste à ralentir l'avion en palier jusqu'à arriver au décrochage de l'aile. L'avion généralement pique du nez, s'enfonce, il ne reste plus au pilote qu'à accompagner ce "piqué" le temps de reprendre suffisamment de vitesse pour que l'avion puisse être remis en vol horizontal. Cet exercice ne présente aucun danger s'il est réalisé à une altitude suffisante.

Beaucoup de pilotes débutants, pensent à tort que le phénomène du décrochage est conditionné uniquement par la vitesse. C'est une erreur importante. Le décrochage n'est conditionné que par l'incidence, c'est à dire l'angle avec lequel l'air "attaque" l'aile. Cette incidence varie, elle, simultanément en fonction de la vitesse et du facteur de charge auquel est soumis l'avion. Pour faire apparaître le phénomène de décrochage, il suffit d'amener cette incidence à la valeur maximale supportable pour le profil (environ 17° sur un profil standard). Cette incidence peut être obtenue à toutes les vitesses du domaine de vol ou presque en faisant varier le facteur de charge. Lorsque l'on définit une vitesse de décrochage, celle-ci s'entend, sauf spécification, sous un facteur de charge de 1g.

La vitesse de décrochage évolue selon la racine carrée du facteur de charge. En d'autres termes, un DR400-108 qui décroche à 100 km/h sous 1g, décrochera vers 200 km/h c'est-à-dire à sa vitesse de croisière s'il est soumis à un facteur de charge de 4g. Comment obtenir 4g? C'est simple, on peut faire un virage serré à 75° d'inclinaison ou faire une bonne ressource après un piqué. Bref, on a là les trop classiques "virage serré au dessus de la maison des amis en radada" ou encore "le piqué et le passage genre Papy Boyington au dessus de la maison des parents de la copine" qui, malheureusement tuent tout les ans quelques pilotes de par le monde. Cette méconnaissance des effets du facteur de charge est donc à l'origine de nombreux accidents lors de vols effectués en évolutions serrées à basse altitude.

 
    Qu'est-ce que la vrille (autorotation)?


Mon père me disait avoir vu dans un hangar, lorsqu'il était adolescent, cet écriteau:
"la perte de vitesse c'est la vrille, la vrille c'est la mort".

Ceci témoigne du côté quasiment mythique et de la crainte qu'inspirait ce phénomène. La vrille est un décrochage dissymétrique entretenu. On l'obtient en amenant l'avion au décrochage et en le plaçant en vol dissymétrique. Lorsqu'un avion est installé en vrille, une de ses ailes est décrochée, l'autre non. L'avion tournoie sur lui-même avec le nez bas décrivant une spirale très serrée en descente verticale lorsque le phénomène est établi. Pour sortir de vrille, il faut faire cesser la dissymétrie en utilisant le plein débattement de la gouverne de direction puis, presque simultanément, "rendre la main" (pousser sur le manche) afin de réduire l'incidence de l'aile pour empêcher cette dernière d'atteindre ou de rester à ou au-delà de l'incidence de décrochage. On veillera à acquérir suffisamment de vitesse ensuite afin de pouvoir appliquer le facteur de charge nécessaire pour redresser l'avion sans se retrouver à nouveau à l'incidence de décrochage.

De nos jours la vrille est mieux connue et les avions mieux conçus. Les techniques de pilotage ont elles aussi évoluées et la vrille ne présente plus le danger d'autrefois à condition de la contrer rapidement, certains appareils étant plus ou moins long à sortir de vrille si elle est bien installée. Elle est aujourd'hui une figure de voltige parfaitement maîtrisée par les pratiquants de cette discipline. Il n'y a plus de raison de la craindre, mais, comme tout phénomène "décroché", l'autorotation entraîne une importante perte d'altitude et nécessite donc d'être raisonnablement haut pour prétendre y faire face efficacement.

 
  Qu'est-ce qu'un virage engagé?


Le virage engagé ressemble un peu à l'autorotation ou à la vrille en ce sens que l'avion décrit une spirale descendante très serrée. Ces deux phénomènes sont pourtant radicalement différents. En effet, lors d'une vrille on observe un décrochage d'une aile et une dissymétrie, tandis que lors d'un virage engagé, l'avion vole parfaitement normalement à ceci près qu'il est en virage très serré avec une très forte attitude à piquer.

Si, comme le veut le (mauvais) réflexe naturel du pilote, il tire sur le manche pour tenter de faire cesser la descente et de redresser le nez de l'avion, celui-ci poursuit sa trajectoire en la serrant davantage. La vitesse augmente rapidement et tout effort à cabrer sur les commandes ne fait qu'empirer la situation. L'avion se retrouve soumis à de très forts facteurs de charge mais décroche rarement tant sa vitesse est importante. Par contre, au-delà d'un certain seuil, ce facteur de charge n'est plus supportable par les structures de l'avion qui cèdent, entraînant généralement la rupture de l'aile, ce qui conduit bien évidemment au crash.

La sortie de virage engagé, pour peu qu'on l'ait diagnostiqué correctement est très simple et totalement efficace. L'avion étant en virage, il suffit d'annuler son inclinaison en utilisant les ailerons puis, une fois l'inclinaison annulée, redresser la trajectoire à piquer. Le danger restant correspond à la vitesse excessive acquise et qui nécessite la plus grande douceur aux commandes pour éviter d'endommager la cellule de l'avion. On veillera à réduire les gaz vers plein ralenti simultanément afin de ne pas aggraver la situation de survitesse déjà présente.

Le virage engagé est un piège subtil et pernicieux pour les pilotes volant aux instruments sans visibilité extérieure. L'analyse du phénomène à partir des indications des simples instruments n'est pas toujours aisée et la récupération demande sang-froid et rigueur dans la procédure de sortie qu'il faut mener dans le bon ordre et totalement même si l'envie de tirer encore et toujours sur le manche est envahissante dans ce genre de situation. Dans le cas du vol aux instruments, la meilleure prévention est la concentration sur l'horizon artificiel afin d'éviter de laisser l'avion se mettre seul d