PRENDRE DE LA HAUTEUR :
LA VIE D’AERO-CLUB
par Mireille Morgan-Smith
http://nicus.club.fr/Besancon.htm
Suprême forme de vagabondage et d’intimité avec la ville, la promenade aérienne fait entrer l’observateur dans la troisième dimension de l’espace
urbain, aiguisant son regard comme celui de l’aigle.
Cette connaissance de leur cité, les aviateurs de l’Aéro-club du Doubs peuvent se l’offrir chaque fois qu’ils décollent de leur aérodrome.
Nous tenterons dans cette ethnographie de rendre compte de leur façon de penser et de symboliser leur activité, de décrire leur imaginaire, leur naïveté parfois, en somme d’expliciter tout ce qui
en fait une " tribu " moderne, unie par cette activité spécifique.
Dans l’aéroport international, l’aéronef est devenu un objet utilitaire, en contact superficiel et momentané avec ses usagers ; les pilotes eux-mêmes
conduisent ces gros engins sans s’y investir affectivement.
C’est tout le contraire de l’Aéro-club où l’on " dorlote " les avions, où l’on pilote en symbiose avec l’appareil, où les aviateurs cultivent entre eux des liens par l’intermédiaire de cette
passion commune.
C’est une société presque exclusivement masculine, où tous les âges sont représentés mais concentrés sur la classe d’âge des 45-54 ans, l’âge mûr où
l’on possède la pleine puissance de ses moyens économiques et sociaux. L’aéronautique est en effet un loisir coûteux (l’heure de vol coûte environ 500 F), ce qui rend logique la forte proportion
de professions à haut niveau de revenus : près de la moitié des membres appartient à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures.
Pourtant cette société ne se crispe pas sur son identité masculine, ni sur la richesse financière de ses membres.
Les femmes sont peu nombreuses parmi les pilotes, comme dans d’autres sports d’origine militaire et utilisant une technologie poussée, mais elles s’investissent intensément : l’une fait
partie du conseil d’administration, une autre est pilote de chasse, une autre championne de France de voltige aérienne (Marianne Shaw ). Le Club comprend des catégories relativement moins
argentées comme celle des étudiants (un quart des membres ; ceux-ci ont tendance à plutôt pratiquer le vol à voile), des retraités et d’autres (professions intermédiaires, commerçants et
artisans, techniciens). Les membres se défendent de vouloir réunir une élite fortunée fermée à tout contact social autre que l’entre-soi des privilégiés.
Le Club est géré avec un grand sérieux institutionnel par ses membres : l’on reconnaît l’influence
des nombreux cadres d’entreprise qui reproduisent là le schéma de gestion de leur propre société, le transposant dans cette association de loisirs. Il y a un bureau directeur, un conseil
d’administration, dont les membres ont le titre de président, vice-président (on les nomme souvent ainsi, mi sérieusement, mi par plaisanterie) ; on parle de " chiffre d’affaires ", qui, en étant pour le Club de 1,7 million de F en 1996, exige
qu’on le gère avec rigueur, avec un minimum de rationalité du moins. Des membres ayant du temps et de l’ancienneté dans l’Aéro-club sont " bénévoles " pour la gestion de l’association (seuls le chef pilote et le mécanicien
sont salariés).
Pourtant, la forme associative demeure avec son nécessaire désordre. Expert en gestion, l’un des membres ne se privait pas de dire que l’Aéro-club était " une démocratie poussée à son paroxysme " avec " sur 150 avis, 149 contestations ", une situation tout simplement " ingérable " malgré l’important " parc machine ". " Tout le monde veut être président sans l’être " (pourtant cette année, pour la première fois, il y a moins de candidatures qu’il n’y a de postes à pourvoir dans le conseil d’administration). " Mais il y a de bons côtés, pas autant de rigueur et de difficultés dans les relations. On s’entend au moins sur les avions. " Mélange subtilement dosé, la forme associative et le cadre de l’entreprise donnent un reflet particulier au groupe.
En plus d’une petite cotisation annuelle, chaque membre crédite son compte personnel qui lui permet
autant d’heures de vol qu’il le désire. Une " honnête moyenne " se situerait à 20 000 F par an (pour l’un des membres, gérant de société), mais ce budget est très variable suivant les individus. Si l’on tient
compte aussi de l’achat d’avions auquel on peut prendre part, cette activité peut se révéler très chère .
L’espace de l’aérodrome
Ce terrain d’aviation a été installé dans la plaine de Thise sur une vaste étendue d’herbe plane, encadrée au nord par le chemin de fer, et au sud séparée du Doubs par une digue sur laquelle passe la route nationale vers Belfort. Cette digue n’empêche pas la rivière de déborder certains hivers et de transformer le terrain en lac où voguent les planches à voile, ou en patinoire si le froid est assez vif. C’est d’ailleurs parce qu’il est inondable que ce terrain a été épargné des promoteurs immobiliers. Cet inconvénient n’a pas l’air de gêner les pilotes qui de toute manière ne volent pas par mauvais temps et profitent de l’hiver pour faire les réparations nécessaires. L’aérodrome reste un espace ludique utilisable en toute saison.
Il est réduit à sa plus simple expression, ce qui contraste fortement avec ce que l’on connaît des grands aéroports. Trois bâtiments suffisent à son
fonctionnement : un " club house " et un bar constituent l’espace de rencontre; quant au pôle technique, il est formé par les hangars devant lesquels s’ouvrent les pistes. Les tout premiers
aérodromes des années 1910-20 étaient aménagés sur le même schéma. Cette simplicité des lieux correspond à la simplicité de la pratique toute tournée vers le plaisir de la promenade aérienne,
loin de l’angoisse de l’univers anonyme des aérogares modernes.
Le
premier bâtiment que l’on remarque en arrivant, le " club house ", est une petite maison construite à côté du bar. Fraîchement rénovée, elle sert aux besoins administratifs du Club. Elle comporte
dans un angle la tour de contrôle, matérialisée par sa baie vitrée et la radio utilisée lors des meetings aériens. Avant qu’il n’existe, le " club " se trouvait dans le bar, invitant chacun à
boire un coup avant de voler, cimentant les relations entre les membres et entretenant la convivialité du Club; le fait qu’il en soit séparé maintenant lui donne moins de chaleur. Une carte
d’aviation est affichée au mur, à côté du registre de vol et des clefs des avions; il y a aussi un tableau d’annonces, et dans un cadre suspendu à l’entrée le " Serment d’Icare " ... Les
modélistes et les vélivoles possèdent leurs propres locaux, bricolés à l’intérieur des hangars, et qui servent à la fois d’espaces de rangement, de salle de réunion, de bureau, d’atelier pour la
fabrication et la réparation des aéronefs.
Quand quelqu’un arrive
à l’Aéro-club, il commence par serrer la main à tous ceux qui sont présents, hommes et femmes. Il regarde le temps, la manche à air, et décide s’il va voler ou non.
Si les conditions météorologiques ne sont pas suffisamment idéales, s’il y a trop de vent ou s’il pleut, il va boire un coup à la buvette, au " T6 " (du nom d’un ancien type d’avion militaire
américain). Ceux qui travaillent à proximité de l’Aéro-club viennent souvent y déjeuner, face au grand planisphère qui couvre tout un mur et fait rêver de longs trajets jusqu’en Amérique du Sud.
En hiver on installe la table devant la cheminée où brûle un bon feu et on déguste avec les copains une cuisine simple et familiale préparée par la tenancière. Derrière la baie vitrée une
terrasse peut accueillir les pilotes et leurs familles quand il y a un rayon de soleil.
Les immenses hangars
abritent à la fois les avions et les ateliers. En tôle ondulée et un peu rouillés, ils datent de 1930 et ont une charpente remarquable : les deux hangars accolés sont très larges, pourtant les
poutrelles d’acier sont disposées de telle sorte que, par une habile composition des forces, il n’y a aucun pilier qui soutienne la voûte au centre, ce qui permet le rangement des avions de
grande envergure. Le sol à l’intérieur est bétonné, ainsi que devant les hangars et jusqu’au bout du " taxiway ", piste en dur qui conduit au milieu du terrain d’atterrissage. Très exceptionnels,
ces hangars devraient être classés un jour monuments historiques. Les vitres du haut se souviennent encore des mitrailles des chasseurs tirant en rase-mottes durant la Deuxième guerre mondiale :
la trace des balles est restée dans le verre et la tôle. La brochure de l’Aéro-club commente qu’en 1965 les hangars se sont transformés en " cathédrale " le temps d’une messe solennelle avec
bénédiction des aéronefs, révélant l’importance symbolique dont les pilotes les investissent: ces hangars sont l’écrin précieux de leurs avions, là où ils accomplissent presque rituellement tous
les gestes nécéssaires à leur entretien, à la préparation des vols, etc. Tout vénérables qu’ils soient, ils n’en ont pas moins subi le passage de graffiteurs sur la façade
arrière.
Comme dans un aéroport, la piste de décollage et les hangars sont interdits aux non-membres, par mesure de sécurité. On réprime avec sévérité ceux qui
osent s’approcher de trop près des avions sans permission. Des pancartes disséminées sur l’aérodrome indiquent les autres interdictions comme une muette police des espaces (ne pas fumer près de
la pompe à essence, ne pas s’aventurer sur la piste...). Par contraste, la piste est un espace de liberté.
Cette grande étendue de gazon rappelle qu’on pratique ici un sport de plein air. Des daims, des lièvres et d’autres animaux la traversent
souvent. Les pilotes remarquent le vol immobile des busards guettant une proie ou les apparitions d’oiseaux rares... D’une certaine façon, ils sentent qu’ils leur sont
apparentés.
Les personnages
Être pilote, c’est faire partie d’une
grande famille dont les limites dépassent les frontières. Cette pratique, liée à leur amour des avions et de tout ce qui touche à l’aéronautique, unit les membres du Club et établit la communion
avec tous les autres pilotes français et de l’étranger. Les pilotes partagent le même système de valeur, qui tout en les haussant à leur statut de pilote, installe aussi une hiérarchie entre
eux. La valeur d’un pilote, c’est son expérience, code international de reconnaissance dans ce milieu. Les pilotes déclinent leur nombre d’heures de vol
comme s’il s’agissait de leur carte d’identité. Les élèves prennent des leçons avec le chef pilote ou l’un des instructeurs du Club - il faut environ 15 heures pour obtenir son brevet de base. Le
jour où ils sont " lâchés ", prouvant qu’ils savent piloter sans l’instructeur à leurs côtés, ils entrent dans la grande famille des pilotes.
On peut ensuite passer les brevets
supérieurs, pour transporter des passagers, voler aux instruments sans visibilité... A partir de ce moment et à condition qu’il vole régulièrement, le pilote comptabilise soigneusement ses heures
de vol, indicateurs de son expérience. Le chef pilote, qui pilote depuis toujours et par tout temps, a plus de 17 000 heures de vol à son actif, mais la plupart des membres ont seulement quelques
centaines d’heures. De jeunes pilotes ayant dans l’aviation une visée professionnelle sont " stagiaires "; ce seront de futurs pilotes de ligne, ou des pilotes de chasse s’ils sont militaires,
les premiers étant mieux payés, mais les seconds ayant le prestige. L’Aéro-club leur sert de tremplin à la carrière aéronautique. Leur brevet en poche, ceux qui ont un avion privé partent pour de
grandes randonnées jusqu’en Afrique, en Italie, ou dans le Sud de la France ; les autres volent avec les avions du Club dans un périmètre restreint au-dessus de Besançon. Les anciens du Club,
dont certains sont là depuis les années cinquante, essaient d’assurer une présence permanente au Club, au cas où, par exemple, des avions voudraient se ravitailler à la pompe à essence - c’est un
devoir d’être présent pour les camarades en difficulté - mais surtout pour cultiver l’" ambiance aéro-club
", dont ils sont les détenteurs et qu’ils voudraient transmettre aux plus jeunes.
Les pilotes forment aussi une famille au sens strict : on est souvent pilote de père en fils. Le milieu familial a une influence sur le choix de ce loisir : quand le père ou l’oncle a été pilote,
ou plus largement quand des membres de la parenté ou des amis proches ont touché de près au monde de l’aviation, il est courant que l’on devienne aviateur. Le plus jeune des élèves-pilotes de
l’Aéro-club a avoué être l’arrière-petit-fils de l’instructeur de Saint-Exupéry : une illustre ascendance ! L’imaginaire familial impressionne sûrement les individus, de même le prestige de
l’Armée de l’Air ou de l’Aviation Civile : quel rêve de devenir pilote de chasse ou commandant de bord sur un Boeing !
Il est courant que des pilotes pratiquent l’alpinisme et la voile, sports bourgeois mais aussi sports d’altitude et de vitesse, usant comme l’avion de
la force des éléments naturels, de la mer, de la montagne. Certains ont bricolé leur propre bateau comme ils ont bricolé de toutes pièces leur avion. Il est à remarquer qu’en dehors d’une
certaine ostentation sociale à être pilote, il y a aussi un goût du risque, de la hauteur, peut-être symbolique d’une hauteur sociale, significative d’une recherche de " distinction " selon le
terme de Bourdieu, ou de l’aspiration à former avec l’objet technique un tout maîtrisé comme un prolongement du corps, un " montage " socio-technique comme le conçoit Marcel Mauss
.
Le Club emploie un
mécanicien pour entretenir les avions. Ancien militaire, il parle de ces avions comme de ses enfants. Il leur voue de tendres sentiments, connaît les " faiblesses " de chacun. Il vient les voir même pendant son jour de
congé.
De nombreux membres possèdent leur avion privé, et la plupart l’entretiennent eux-mêmes. Certains pilotes l’ont construit eux-mêmes, alors qu’il aurait été moins cher de l’acheter d’occasion.
Mais c’est incomparable : quand on conçoit soi-même son avion, il devient unique, toutes les pièces sont faites sur mesure. Les plans sont achetés, un peu modifiés ou complétés ; on acquiert le
moteur et on le modifie un peu. Faire faire les réparations par un atelier serait très onéreux, explique-t-on. On bricole seul, en glanant éventuellement des conseils parmi ses amis. On
s’approprie ainsi son aéronef, comme les motards font avec leurs motos, en fouaillant dans leurs entrailles. " C’est sympa de
l’entretenir. On préfère le faire soi-même, comme cela on est sûr que ce sera bien fait... C’est comme cultiver son potager. Aller à Carrefour acheter les légumes, c’est moins cher et moins
fatigant, mais ce n’est pas la même chose... " Les pilotes sont d’accord sur ce point : dans l’Aéro-club, ils possèdent de
" vrais " avions. Ce ne sont pas des Boeing qui ont l’air de
bus, d’où on ne voit rien et où on ne sent rien en vol. Même si maintenant leurs avions ont tendance à être plus simples, plus policés, plus anonymes qu’avant, soupire le
chef-pilote…
Les vélivoles
Parmi les pilotes, ceux qui pilotent les planeurs sont à part. Les vélivoles sont aux pilotes d’avion à moteur ce que les navigateurs en voilier sont
aux pilotes de bateau à moteur.
Contrairement au vol moteur, le vol à voile est considéré comme un sport exigeant une fine perception de l’environnement aérien, des courants d’air ascendants, moteur du planeur. Il faut être en
bonne condition physique.
Par rapport aux avions à moteur compacts et lourds, les planeurs ont l’élégance de leurs longues et fines ailes blanches ; n’ayant pas de moteur ils ne connaissent que peu d’ennuis mécaniques.
Pour eux, il ne s’agit pas de parcourir une longue distance (sauf en compétition) mais de voler le plus longtemps possible, pour le plaisir de se trouver en harmonie avec cet environnement
aérien.
Comme dans un sport
collectif, les vélivoles cultivent la solidarité, l’entraide, le travail en équipe. On a besoin en effet d’être plusieurs pour mettre en route un planeur : il faut que quelqu’un tienne l’aile au
décollage pour l’équilibrer et que quelqu’un d’autre pilote le remorqueur.
Puis si le pilote a " fait une vache ", c’est à dire qu’il s’est posé dans un champ sans pouvoir retourner à l’aérodrome, les " copains " doivent amener la voiture et la longue remorque,
éventuellement déménager les clôtures en chemin ou couper les barbelés, s’épuiser en manœuvres compliquées pour passer avec l’encombrante remorque dans les petits chemins caillouteux et les
virages serrés, car il arrive que le beau champ aperçu du ciel par le pilote soit en fait un endroit presque inaccessible en voiture. Un dépannage peut prendre toute une journée, il arrive même
que le retour se fasse à deux heures du matin, à l’épuisement général.
Ces histoires de vaches sont rocambolesques. Certains aviateurs du Club se sont vachés en plein centre ville à Dole, d’autres dans le creux d’un torrent, broyant le planeur en mille morceaux.
Parfois, si c’est un beau champ, et que toutes les conditions de sécurité sont respectées, le remorqueur vient lui-même chercher le planeur. Le lendemain, celui qui s’est vaché doit payer une
omelette géante bien arrosée aux braves copains qui l’ont secouru. Les histoires que l’on transmet ainsi font la culture et le " folklore " des vélivoles, l’occasion de faire durer le plaisir en
les racontant encore et encore...
Il y a tout sorte d’histoires drôles ou mystérieuses sur les avions eux-mêmes et les péripéties que les pilotes ont eu à leur bord. Parmi les moments
les plus forts, ces derniers racontent les peurs bleues qu’ils se sont faites en vol : l’entrée par accident dans un nuage qui n’en finissait pas (c’est très dangereux : on peut percuter un autre
avion), un atterrissage difficile dans les montagnes suisses, mais aussi des émotions agréables comme l’accueil chaleureux d’une hôtesse sur l’un des aérodromes visités, la beauté du paysage
enneigé d’un autre terrain d’atterrissage, découvert à la descente d’avion...
Les vélivoles ont en permanence dans leur local de quoi festoyer. Bières fraîches et victuailles servent à réconforter le groupe resté à terre dans le
froid - ou la chaleur - pour garder le contact radio avec le vélivole et attendre son tour, pendant que le copain évolue en lentes spirales ascendantes. Durant ces longues attentes, on joue aux
cartes, on discute, ce sont des heures qui soudent le groupe. Le président de l’association, forte personnalité, professeur d’expression à l’université et acteur de théâtre, a l’art et la manière
de raconter les histoires de vaches et les autres aventures extravagantes et loufoques qui n’arrivent qu’aux vélivoles.
Compte tenu de son moindre coût et de sa dimension sportive, le planeur est pratiqué par une population plus jeune et moins fortunée : les étudiants.
Souvent, le père pilote un avion à moteur tandis que le fils pilote le planeur. Cela correspond à une sorte d’ascension sociale que d’accéder au pilotage des avions à moteur. Le président
rappelait d’ailleurs les vertus éducatives du vol à voile : " il faut se botter les fesses pour monter dans un
planeur " ; il faut du temps et de l’énergie pour s’en occuper, le ranger, le nettoyer, le mettre sous housse, récupérer les
vaches, et tout le reste. Autres passionnés d’aéronautique mais plus discrets, les Aigles Comtois modélistes se différencient du " vol grandeur "
principalement par le budget investi : trois mille francs suffisent pour s’offrir un modèle réduit de taille moyenne, qu’ils construisent ou achètent comme les autres pilotes. Ils pratiquent le
soir, sur la pelouse à l’extrémité de l’aérodrome, à des horaires définis par les règlements municipaux à cause du bruit. L’aérodrome de La Vèze organise régulièrement des meetings de modélisme
où l’on exhibe toute sorte de modèles de planeurs, d’avions à moteur. Les modélistes font bon ménage avec les pilotes d’avions grandeur nature, même s’ils ne les voient pas beaucoup; ils y
comptent des amis. Les pilotes d’ULM sont encore plus discrets, ne pilotant que le week-end leurs " tondeuses ".
L’activité de pilotage
Piloter dans l’Aéro-club est une activité de loisir, un sport.
L’association permet une grande liberté de pratique à ses membres : il suffit de
s’inscrire sur le registre, de prendre les clefs de l’avion, de procéder au tour d’inspection de l’appareil pour s’y installer et décoller sans autre formalité pour une petite excursion au-dessus
de Besançon, par des conditions météorologiques qu’on choisit les meilleures. On vient voler quand on a le temps, à l’heure du déjeuner, ou après le travail, ou le week-end seulement. On peut
aussi prendre des leçons àtoute heure du jour. Il arrive qu’on parte en groupe faire la fête à 100 km, en Suisse ou en Allemagne, afin d’entretenir les relations avec les aéro-clubs des environs,
par delà les frontières. Plus rarement, on fait des randonnées aériennes jusqu’en Afrique. On " budgette " le voyage, puis on le réalise en s’y mettant à plusieurs. Certains font de la
compétition de voltige ou de vol à voile.
Les mots
Voler est une sensation particulière qui donne un plaisir
intense,
une détente délicieuse.
Les mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche des pilotes sont " rêve ", " plaisir ",
" passion ".
Être en l’air, " partir la tête dans les nuages ",
c’est se dégager des ennuis terrestres, de la pesanteur quotidienne pour évoluer en toute liberté dans les cieux.
Certains qualifient cet état de " prise de conscience métaphysique ". " On oublie les soucis, on est tranquille, la terre devient toute petite, les
soucis restent en bas ".
En l’air, on se sent le maître, on se laisse griser par l’altitude, " comme si l’on escaladait le Pic du Midi.
"
Le pilote, en s’élevant dans les nuages, quitte tout d’un coup la société des hommes ordinaires, et en intègre une autre, privilégiée, qui le rend condescendant pour ceux du sol, les
" rampants ".
Dans les airs, il peut se prendre pour un demi-dieu, de ceux qui ont des ailes comme les anges ou les Walkyries. C’est en l’air qu’il peut entrer dans la légende, alors que les terriens
restent collés au sol, englués dans leurs problèmes .
La dimension onirique imprègne l’imaginaire du pilote qui se définit lui-même comme un rêveur et un aventurier.
Il aime raconter ses exploits aux autres, il prend le temps de le faire, un verre à la main (le bar prépare spécialement des cocktails sans alcool pour rester suffisamment sobre aux
commandes de l’appareil).
Chaque pilote ajoute ainsi sa pierre au corpus mythologique transmis de génération en génération de pilotes. Ceci explique l’existence d’une très riche littérature sur l’aviation et les exploits
aéronautiques en général, à commencer par Saint-Exupéry, Richard Bach et bien d’autres.
Par contraste, le pilote doit être d’une grande rigueur dans le respect du règlement, la vérification de l’avion, la check-list. C’est une question de vie ou de mort, car une panne en plein ciel
peut être fatale. La courte inspection générale qui précède obligatoirement le départ est aussi un moyen de s’approprier symboliquement l’aéronef, quand il ne lui appartient pas personnellement :
tout pilote " fait le tour " de son avion avant de partir,
que ce soit un Boeing ou un petit biplane, pour s’assurer que la direction marche bien, qu’il ne manque pas une vis ici ou là... Les aviateurs disent volontiers qu’ils pilotent " avec leur cul
", résumant de façon truculente ce rapport intime qui relie le pilote à sa machine, un contact tactile, sensitif, direct. Le pilote, assis
sur son siège, avec aux pieds le " palonnier " (les pédales)
et tenant dans la main le " manche à balai ", ressent
profondément dans son corps toutes les trépidations de l’avion, les soubresauts de la machine, ce qui lui permet de comprendre les réactions de l’aéronef à l’environnement et de le
guider.
Aux
débuts de l’aviation, alors que les avions bondissaient plus qu’ils ne volaient encore, les pilotes devaient être des athlètes chevronnés pour réussir à faire décoller leurs engins. Emmanuel
Chadeau dans Le rêve et lapuissance raconte " l’art du
pilotage " que c’était à cette époque. " Maintenant c’est de la voiture ", dit le chef pilote, ce n’est plus si extraordinaire de voler. Pourtant il reste ces " sensations " particulières, d’autant plus fortes que l’avion
est petit. Les pilotes de ligne ont à cause de cela moins de plaisir à voler. L’automatisation du cockpit y rend la présence du pilote à peine nécessaire, l’ordinateur étant capable de manœuvrer
seul, et l’avion est tellement lourd et massif que cela atténue toute sensation de voler. En résultat, ils sont assez frustrés et s’inscrivent dans un aéro-club pour voler dans de "
vrais " avions.
Pas même le danger ne
vient entacher le plaisir de voler. D’après les pilotes, il est minime : " La phase la plus dangereuse est entre chez vous et
l’aérodrome. On a plus de chance d’avoir un accident en voiture qu’en avion ". Ils insistent sur les qualités de lucidité que
possède le pilote, pour agir vite dans les moments critiques, sur sa maîtrise de la machine.
Pour ceux qui n’ont jamais été à un meeting aérien, voici un exemple d’évolution spectaculaire en planeur, il s’agit des " vrilles " : " sacrée sensation, l’aile qui est en haut décroche en premier, et on passe sur le dos tout d’un coup. Au début on a très peur, ensuite on en refait. Le
must est de déclencher sa vrille et de savoir l’arrêter, le nez exactement à tel endroit. Là on commence à prendre son pied, quand on maîtrise vraiment l’avion. L’homme dépasse alors l’oiseau car on n’a jamais vu d’oiseau sur le dos ".
Le parler des aviateurs Le discours des pilotes conjugue un jargon technique aéronautique et
un argot propre aux aviateurs. Ces expressions se transmettent à partir d’anecdotes enjolivées. En voici quelques échantillons.
L’alphabet aéronautique : Alpha, Bravo, Charly, Delta, Echo, Fox(trot), Golf, Hotel,
India, Juliette, Kilo, Lima, Mike, November, Oscar, Papa, Quebec, Romeo, Sierra, Tango, Uniform, Victor, Whisky, X-ray, Yankee, Zoulou.
On indique l’immatriculation des avions par des mots au lieu de lettres simples (l’avion du Club dont le code est MZ s’appelle Mike Zoulou). Ces associations de lettres et d’images créées par les
aviateurs (de langue anglaise), évoquent certains thèmes : les voyages lointains (Lima, capitale du Pérou, le Québec, la Sierra...), l’aviation américaine (Yankee, Charly...), l’armée (l’Uniform,
les X-ray de la visite médicale...), la gloire et la célébrité (Bravo...), l’héroïsme (Oscar, Victor...), les bars (Whisky, Hotel, Tango...), les aventures amoureuses (Roméo et Juliette...), la
peur (Papa...), l’excentricité (Zoulou...). Les tours de contrôle utilisent toujours ces codes, et le non-initié qui dans le cockpit de l’avion écoute ces conversations radio, avec ces noms
exotiques mêlés d’indications très techniques, tombe dans un surréalisme inattendu.
Autre thème de
conversation, l’environnement aérien, quand il n’est pas décrit avec un jargon scientifique (phénomènes météorologiques,
aérologiques, orographiques, ascendances
turbulées, etc.),
apparaît dans les expressions comme un gigantesque tube digestif qui malmène l’avion : on parle de dégueulantes
(un trou d’air ou courandescendant ; le contraire est une pompe) ; s’écraser, c’est se vomir. Cet environnement aurait même des caractères sexués, comme
la biroute, la manche à air. Une belle météo, avec de très bonnes
conditions de vol, c’est un temps de curé. Pour les
planeurs, quand il y a de belles ascendances, on dit que ça pompe des plaques d’égout (les courants ascendants sont tellement forts qu’ils pourraient soulever ces lourdes plaques de fonte). L’ascenseur à couillon, c’est quand la forme de la pente provoque une ascendance qui
permet de rester en l’air sans se fatiguer. Quand le planeur parvient à rester en l’air, on dit qu’il accroche
(au plafond).
Un avion décroche quand sa vitesse ne lui permet plus
de voler (en dessous de 60 à 80 km/h avec les avions du Club). L’évolution de l’avion dans les airs se traduit par les termes
suivants : avoir du Badin, c’est aller vite,
le contraire d’avoir un Badin dans le coma : l’avion ne va
pas assez vite et risque de décrocher (le Badin porte le nom de son inventeur, c’est un petit appareil qui mesure la vitesse, appelé aussi anémomètre). Avoir un Badin joufflu, c’est prendre trop de vitesse. Un avion sur la tranche : fortement incliné, il commence à prendre de
l’accélération ; faire un virage en table de bistro, c’est
faire un virage facile où l’avion reste horizontal, car le pilote est peu expérimenté et a peur de faire tomber l’appareil . En voltige, se retourner la crêpe, c’est passer sur le dos; prendre une gamelle, c’est quand on ne contrôle plus l’avion pendant un court
moment; faire une patate, c’est rater un looping.
Aller aux pâquerettes, faire du rase-bitume, du radada, raser les moustaches (les pilotes sont censés arborer de belles moustaches), c’est voler au ras du sol, en rase-mottes, ce qui est interdit car trop
dangereux.
Phase finale du
vol,
l’atterrissage est investi d’une importance spéciale pour le pilote : premièrement il sait qu’il est " sauvé
", deuxièmement il lui faut terminer en beauté car cela impressionne les camarades et " c’est très satisfaisant " pour l’amour-propre. Pour cela, il y a toutes sortes de
façons de qualifier le style de l’atterrissage, le sien ou celui des autres. Quelqu’un qui se pose trop loin ou trop
long a mal calculé sa vitesse d’atterrissage : il a effacé
toute la piste, ce qui est ennuyeux car il ne laisse plus de place pour se poser ensuite, comme si la piste avait disparu sous
l’avion (il faut remettre les gaz, et refaire toutes les manœuvres). Quelqu’un qui a oublié de sortir le train d’atterrissage se
vautre sur le gésier, au grand amusement des autres. Quelqu’un qui se pose doucement, sans rebond, l’atterrissage
parfait, se pose sur des oeufs ; le contraire, c’est
emboutir la planète ou avec plusieurs rebonds faire
un atterrissage de colonel (" Je t’en compte trois ! " : les spectateurs ne manquent pas ensuite de donner leur
appréciation). Il arrive qu’on redécolle pour exécuter un atterrissage plus réussi.
Un " montage " socio-technique Comme nous l’avons vu précédemment, dans l’Aéro-club les pilotes sont
très proches de leurs avions. Ils entretiennent un rapport physique et corporel à la machine. Ils en sont tellement proches qu’ils finissent par se fondre avec
eux.
En apparence, il y a peu de ressemblance entre le pilote, matière vivante et pensante, et l’aéronef,
masse de métal et de plastique inanimée. Mais du point de vue social et de l’imaginaire, la différence est déjà beaucoup moins nette.
En premier lieu, le langage des pilotes montre leur tendance à animer la machine (littéralement, à lui donner une âme), et au contraire à se transformer eux-mêmes en machine, par une sorte
d’homogénéisation de la matière dans le tout compact, dans l’unité de sens que forme le pilote avec (dans) son avion.
D’autre part, dans l’organisation sociale du Club, il est clair que n’importe qui ne conduit pas n’importe quel avion, que ceux-ci, loin d’être seulement manipulés, sont aussi des acteurs
sociaux, ce qui amène à penser l’objet comme un " hybride socio-technique ", selon le mot de Bruno Latour .
L’avion, dans l’imaginaire langagier des pilotes, est logiquement apparenté à la famille des oiseaux, mais c’est un oiseau au corps hybride :
les coucous de Thise ont des plumes aux ailes, un gésier, une queue. Par ailleurs, ils n’ont pas de bec mais un nez, pas de bouche mais des cure-dents (l’hélice) comme les hommes. Ils ont même des poux : un
morpion de carlingue est une personne qui ne rate pas une occasion
de faire un tour en avion. Un avion qui grimpe aux arbres,
comme s’il avait quatre pattes est un avion qui a une forte puissance ascensionnelle.
Un planeur qui a du mal à s’élever gratte ou
morpionne la pente. Les planeurs se reposent, comme les petits
d’homme, dans des berceaux. Une observation plus poussée
aurait pu peut-être faire apparaître une anatomie plus sophistiquée de l’avion, comme c’est le cas pour le kayak dans l’imaginaire esquimau : une partie se nomme la vulve, une autre le pénis,
etc. .
Ces mots tirés du registre animalier ou humain et transposés à l’avion tirent leur origine, évidemment de leur ressemblance avec des éléments de l’avion, mais surtout de la représentation globale
que le pilote a de sa machine : prolongement de son bras, outil obéissant par l’intermédiaire duquel le pilote est mis en contact avec son environnement aérien et peut apprendre à le connaître,
jouer avec, comme l’aveugle explore le monde avec sa canne. L’avion est en ce cas le membre qui manque à l’homme pour voler, et qui, depuis son invention, le complète enfin.
D’autres expressions montrent en effet que le pilote élargit son enveloppe corporelle à la carcasse de l’avion ; alors le pilote et l’avion font un.
En atterrissant doucement, sans rebond, l’avion fait un kiss landing, il embrasse le sol, comme un geste tendre du pilote pour sa terre nourricière.
L’avion qui se pose trop loin devient un monstre vorace : il a bouffé toute la piste ! On dit que ça booste aussi bien pour un pilote en forme que pour un moteur qui marche bien. Un bel avion devient digne de qualités humaines, ou du moins animales. Par
contre, un mauvais avion redevient de la matière inerte, une machine (ce qu’il n’a cessé d’être) : un tacot, une trapanelle, une lampe à souder, un fer à repasser lourd et peu maniable.
Parallèlement à
l’animation de la machine, le vocabulaire des pilotes laisse apparaître une " machinisation " de l’homme.
On dit par exemple pour un pilote qui n’a pas l’air dans son assiette qu’ il n’a pas tous ses tours (de moteur) ou bien qu’il marche en IFR (Instrument Fly Rules : sans visibilité, vol aux instruments, au radar), qu’il ne
contrôle pas tous ses paramètres.
On appelle les pilotes âgés de vieilles tiges (...de fer ;
ce n’est pas péjoratif : il existait l’Association des Vieilles Tiges à Thise).
Ainsi, dans leur
imaginaire, les pilotes forment avec leur avion un tout. Par osmose, ils se transmettent réciproquement leurs caractéristiques : l’avion devient humain, et l’homme devient une machine
sophistiquée.
Familiers du Club, objets d’investissements émotionnels grandissant
avec les années (chaque membre se souvient des péripéties de tel ou tel avion du Club), les avions quittent rapidement leur statut de marchandise importée pour devenir membre du Club à part
entière. L’achat d’un avion est une affaire qui concerne tout le Club ; chacun des membres peut dire son mot. Il aurait été intéressant de comprendre comment se porte le choix sur tel ou tel type
d’avion, quels enjeux sociaux se nouent. La construction de l’avion dans le hangar ne crée-t-elle pas de nouveaux liens entre les membres ? Elle pourrait presque prendre la forme d’un
chef-d’œuvre compagnonnique, consécration de la carrière de pilote. Ceux qui finissent par posséder un avion acquièrent grâce à lui un autre statut social.
Conclusion
Appartenir à l’Aéro-club de Thise, et plus largement être pilote, c’est faire partie d’une micro-société qu’une sociabilité spécifique lie au monde de
l’aéronautique. Les pilotes ont le sentiment de faire partie d’une grande famille, au sens figuré comme au sens propre, puisque on est souvent pilote de père en fils. Leur point commun est la
passion de voler. Désir de distinction et souci de transmission y sont intimement mêlés. A Thise, on pérennise l’histoire, dans la tradition des premiers aviateurs, à l’abri de hangars
vénérables. De nombreux membres inscrits depuis plus de vingt ans sont les gardiens de la culture du groupe.
Pourtant, on peut se demander comment se combinent continuité et évolution de l’Aéro-club avec les événements politiques et économiques de la région. Y
a-t-il changement social ? Le terrain d’aviation est de façon latente menacé par la promotion immobilière, les pilotes de ligne, autrefois les stars du système, connaissent le chômage, on cherche
à muséifier le hangar, à lui donner le statut de monument historique pour le préserver du temps, le transport aérien se démocratise et se transforme à grande vitesse... La région de Besançon est
riche en aérodromes. Il y en a huit : Dijon, Vesoul, Belfort, Pontarlier, deux à Mulhouse, et deux à Besançon. Peut-être sont-ils même en surnombre ? La réglementation, d’après le chef pilote,
est de plus en plus contraignante et tend à tuer l’aviation légère en augmentant sans cesse les coûts de vol. Cela va devenir trop cher pour les petits propriétaires. " On fait faire des tours de piste réglementaires, explique-t-il,
des approches de type avion de ligne, plus plates, avant l’atterrissage ; on oblige les avions à circuler dans certaines zones, les
équipements sont de plus en plus coûteux (transpondeur, radio, etc.).
Cela peut dissuader les gens de faire de l’avion. " De plus, des lobbies se forment
contre les aérodromes à cause des nuisances sonores ; les gens qui ont nouvellement emménagé aux alentours sont les plus irascibles. La croissance de la ville, l’encombrement des voies aériennes,
etc. rendent la survie de ces aéro-clubs incertaine.
Mais tous ces obstacles sont-ils des menaces réelles ou viennent-ils renforcer la beauté de l’envol, vrai défi à toutes les pesanteurs ?
Bonjour sur ce site qui est dédié à la découverte de vol en planeur!
Qu'est le planeur autre qu'un grand oiseau fin, blanc et si élégant? Le pilote dirige son planeur au gré du vent et des ascendances, là ou bon lui semble.. Ne semble-t-il
pas détachés des problèmes si futiles, lorsqu'il décrit les larges cercles là haut dans le ciel?
Lorsqu'il glisse sur les longues mouvements de l'air ascendants, le pilote du planeur semble s'étirer avec satisfaction dans le cockpit..et oui il monte, vite, vite vers les beaux
nuages, les chou-fleurs tout en blanc....puis cette hauteur gagnée lui sert maintenant d'autonomie, pour avancer sur sa lancé, rapidement, si loin... afin de sentir pleinement ce que
veut dire le mot: liberté...la liberté, la glisse, les sensations, rien que le bonheur... .........
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